mercredi 19 mai 2010

Passent les feuilles, la neige, les fleurs et l'été...

A toi, mon oncle et toi, Minuit à qui je transmets ce message.

Un an. Un an déjà depuis que j'ai pris la plume la dernière fois.
Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas éprouvé le besoin de t'écrire. Peut-être avais-je besoin d'être guidé par un mentor.
Je suis allé trouvé Aaris pour lui parler de mon désir de comprendre la magie.
Aaris, c'est un type particulièrement sympa quand on sait le prendre. Il n'a pas tout à fait mon "regard" sur le monde, mais je dois avouer que j'ai trouvé dans les premières semaines que j'ai passé auprès de lui une sorte de réconfort moral dont j'avais besoin, ce lien, ce tissu qui doit se fabriquer dans toute affaire familiale.
J'ai appris la différence, en matière de magie, entre l'art de "l'étude" et l'art "brut" possédé par les sorciers, souvent des personnes possédant une goutte de sang de dragon, ou de fée ou parfois de démon en eux.
Aaris m'a dit que j'avais sans doute plus de potentiel pour le fait de maîtriser l'art brut mais il est clair que ma recherche est plus celle de quelqu'un qui veut étudier.
Je lui ai parlé aussi du magefeu, l'objet d'une quête, certes égoïste, mais qui me semble nécessaire pour me compléter. Il m'a confirmé que c'était un don qui était rare, qu'il y avait intérêt à être apprécié par Mystra, peu importe d'ailleurs qu'on soit magicien ou pas.
Aaris m'a ensuite ouvert un portail afin que je me rende sur Sigil, la cité des plans, et que j'en apprenne un peu plus sur les mystères de l'univers.
J'ai loué une chambre dans cette auberge où j'ai eu des visions. J'ai vu la reine de la cité deux fois, une femme si impressionnant qu'elle tuera quiconque voudrait lui vouer un culte. J'ai participé à quelques débats philosophiques avec différents représentants des "factions". Tout personnage issu des plans commence au sein d'une de ces factions. Il y a fort à parier que ça devait être le cas de ma mère. J'ai bien entendu essayer deux ou trois fois de parler d'elle, mais que veux-tu, mon oncle, il y a tellement de choses dans cette cité et j'y ai passé si peu de temps avec si peu de bagages dans l'art du renseignement que je dois avouer que je n'ai rien su.
De toutes les factions dont j'ai entendues parler je dois avouer que j'ai été particulièrement sensible au "Signe de l'un" qui proclame que chaque individu est unique, à la "Libre Ligue" qui prétend qu'on ne peut parier sur une seule vérité et à la Société des Sensations qui proclame qu'on ne peut connaître le multivers sans faire appel à ses sens. C'est au sein de cet ordre, dans un endroit qu'on pourrait presque qualifier de "lupanar des sens" . J'ai été fasciné par cette manière qu'on ces gens de tout expérimenter pour connaître les limites de l'univers. Ils ont une incroyable tolérance en ce qui concerne qui peut les rejoindre et sont une des rares factions à accepter les étrangers.
D'aucuns, en voyant mon symbole de Tyr, ont pensé que j'aurais plus été intéressé par les membres de la fraternité de l'Ordre... Certes. Mais je ne suis pas quelqu'un qui aime aller vers l'évidence.
Je chéris le moment où je pourrais emmener mes compagnons avec moi, là-haut, et vivre peut-être quelques aventures dans des endroits où je n'ai pu m'aventurer seul. Je me suis fait un ami hobbit, sur place, qui, en plus d'être mon mentor sur place en matière de connaissance de la magie, était aussi le cuisinier de l'auberge des quatre vents. C'est lui qui m'a permis de m'introduire, si je puis dire ainsi, dans la société des sensations. Une chose qu'aurait apprécié Sunie si son influence s'étendait jusqu'à la cité au cœur des Plans.
Mais je m'emballe, mon oncle. Je m'emballe. Tant d'aventures à vivre en perspective là-bas, tant de mondes qui s'offrent à nous.
Lorsque je revins de Sigil, Aaris me fit comprendre que je devais retrouver une certaine Alice pour parfaire mon entraînement. Trois semaines de voyage vers l'est et voilà que je découvre une frêle jeune fille qui a l'air d'avoir 14 ou 15 ans et qui est accompagnée, pour seul ami, d'un pseudo-dragon.
Je te laisse imaginer la manière dont ma mâchoire s'est décrochée quand elle m'a confié qu'Aaris fut son élève et qu'elle était en fait un demi-dragon.
Bercé par les souvenirs que j'avais expérimentés au sein de la société des sensations, j'ai bien essayé de savoir comment cette brave ermite pouvait s'amuser. Il semble qu'elle se contente tranquillement de sa retraite après une vie d'aventures bien menées pour contrecarrer les machinations d'un Dieu mauvais dont elle a préféré me taire le nom. Elle n'a pas d'amant, le seul homme de sa vie fut un gobelours, pas de libido particulière. C'est une sage, une théurge mystique maîtrisant aussi bien l'art de la magie profane que divine. C'est auprès d'elle que j'ai vraiment ouvert mon esprit et que j'ai découvert que si je devais faire de la magie un jour, je n'aimerais pas me contenter de la liberté d'être un ensorceleur. Le fait de ne pas pouvoir s'ouvrir à tous les sorts serait frustrant.
Je ne saurais te dire, également, à quel point je remercie Alice pour les services rendus par des créations invisibles afin de me permettre d'expérimenter de nouvelles sensations.
C'est en faisant une course pour Alice qu'au détour d'un chemin, j'ai aperçu une magnifique jeune femme brune en difficulté. N'ayant pas encore appris encore vraiment l'art brut de l'intimidation et les voyous ne semblant pas pratiquer l'art subtil de la diplomatie, je dus faire preuve de mon art de la transformation pour faire fuir les importuns. Minuit, puisque c'est son nom (c'est ton nom) me tomba littéralement dans les bras. J'étais celui qui venait lui apporter l'occasion d'abandonner une vie de simple paysanne isolée dans la campagne pour lui proposer autre chose.
Ayant remarqué qu'elle avait un don, et ne voulant pas perturber la jeune femme avec le fait que j'avais rêvé d'elle, je demandai à Alice si elle pouvait en faire son apprentie. Ce qui fut chose faite.
Expérimenter toutes les sensations, entends-tu mon oncle.
Moi, deux femmes plus que belles, enfermés dans une cabane pendant près de six mois... Et rien, à part sans doute une bénédiction de Sunie. J'ai respecté les deux femmes et me suis concentré sur d'autres sensations pouvant me procurer des plaisirs aussi forts que ceux de l'amour, plus même.
Plus les semaines passaient, cela dit, plus je remarquais que "Minuit" semblait me voir comme un peu plus que son sauveur et plus je me demandais comment me positionner vis-à-vis de ça, ne voulant pas tirer avantage de mon statut de héros.
Avec l'aide d'Alice, je parvins également à forger un anneau qu'elle enchanta ensuite après avoir mené un examen complet de mon sang et de tous les blocages qu'il y avait dedans. Le potentiel du magefeu était en quelque sorte pour l'instant réprimé par plusieurs éléments de ma nature qui avaient d'abord besoin d'exister.
Nous parvînmes à la conclusion que si 25 % de mon sang était bien elfe, presque les 75 % restants étaient humains, ce qui restait était juste trace d'ascendance démoniaque, céleste et lycanthrope.
Sacré Alice... Elle m'a confié deux objets. Un collier avec 10 "charges" me permettant de l'appeler et de rentrer en contact avec elle et le fameux anneau qui, s'il était porté à mon doigt, me permettrait de me transformer à volonté et sans limite de temps.
Je préfère pour l'instant le garder autour de mon cou, attaché à un collier. Je préfère me méfier de choses que je ne saurais pas gérer si je venais à devoir prendre un quatrième chemin, celui de l'appel de la nature.
Mais je reviens à Minuit, veux-tu, car je veux que tu saches que tu n'es plus le seul à recevoir mes messages mon oncle. Chaque ligne que je t'écris sera également adressée à Minuit parce que bon... tu comprends, il est parfois plus facile de s'exprimer par une rédaction bien posée que par des mots qui ne seraient pas forcément le reflet exact de ma pensée.
J'ai souhaité que "Mystra jette son dévolu sur moi", j'ai eu l'image d'une jeune fille que je sauverais et qui s'appellerait "Minuit". J'ai sauvé "Minuit" et je sens maintenant un nœud dans mon ventre quand je pense à tout le temps que je passerais sans elle. Oui, force est d'avouer que j'éprouve quelque chose pour elle, mais que je me retrouve dans la position de ceux de cette faction qui s'appelle les "Hommes Dieux" : j'ai forgé un destin. Je ne voudrais pas que l'étincelle qu'il y ait entre nous ne soit que liée à la magie. Et en même temps, plus je réfléchis à la question, plus je me dis que finalement l'amour va de pair avec la magie. Cette flamme qui brûle en moi, cette passion qui commence à se développer, c'est peut-être l'écho de ce feu qui est le magefeu et que j'étais parti chercher.
Peut-être que "Minuit" est la source dont j'ai besoin pour comprendre qui je suis à l'intérieur.
Mais il est tard... Je te laisse un instant avant de reprendre la plume demain pour te raconter mon retour à l'aventure avec mes compagnons.

Je suis réveillé dans Sigil, sais-tu.
Il parait qu'un des moyens d'y voyager serait de quitter son corps.
Je veux bien y croire. Là, un homme à la cape sombre, qui me faisait penser à Gaël, notre défunt Gaël, se trouvait devant moi. Quelles factions rejoindraient tes compagnons ?
Je me vois lui répondre que je n'en sais rien.
Il y a fort à parier que la plupart d'entre-eux ne se laisseraient pas forcément enfermer dans un créneau et préféreraient la libre pensée.
Je revois l'homme me demander : qui es-tu ?
Je ne sais pas lui répondre. Une partie de mon sang est celui d'un primaire, l'autre celui d'un planaire. Qu'est-ce que ça fait de moi ? Une créature qui ne pourra jamais être convoquée ou empêchée comme c'est le cas parfois avec les planaires ? Ou une créature qui ne saura jamais par elle-même détecter les portails comme les primaires ?
Bah, peu importe, la conclusion est restée voici un peu plus d'un an que je peux être considéré comme une aberration mais qu'il semble également que je sois affecté par les sorts qui touchent les humanoïdes.
Je me demande si ce sentiment d'être si seul dans ma différence n'est pas également ce qui me rapproche de "Minuit" dans la manière dont je l'ai ressentie si seule dans sa ferme.

Mais revenons à nos moutons, mon oncle, tu veux bien ?
Passent donc les feuilles, la neige, les fleurs et l'été et me voilà convoqué, d'après des indications d'Alice, auprès du seigneur Varasq dans le domaine de Garresh.
Une route qui prend trois semaines. Je n'ai pas le cœur de laisser "Minuit". Je l'ai surprise une fois à parler avec Alice à propos de moi. Je sais qu'elle ne m'a pas surpris parler avec Alice à propos d'elle. Je ne me livre que dans ces lignes.
Je passe les péripéties, la manière d'arriver chez celui que je considère comme le meilleur de mes compagnons (il en faut bien un) et je découvre avec ravissement que le domaine de mon "grand pote" s'est étendu. Le village sur ses terres compte maintenant près de 300 âmes et la population ogre, de son côté, atteint facilement six dizaines, dont plusieurs femelles.
Mes compagnons ont bien changé lorsque je les retrouve.
Garresh a pris en assurance, en confiance en lui, mais il semble aussi s'être engagé sur une voie qui me semble totalement impossible à suivre : il a fait vœu de chasteté. Il s'est engagé encore plus à fond dans la voie de Lathandre.
Célestiel est devenu lieutenant, il a développé des talents de cavalier sur raptor, une bête qui me semble avoir un potentiel fort vicieux. Il porte plus facilement le bouclier. Il est aussi papa d'une petite fille, mais la mère, Selaque, n'est pas du rendez-vous, sans doute le temps de laisser son enfant à garder.
Rayan a l'air d'avoir beaucoup souffert. Il a été prisonnier 7 mois dans les profondeurs, dans les griffes de Zorkin. Il est revenu un peu plus sévère, avec des capacités qui le rendent, hum, bien meilleur informateur, voire espion, qu'il ne l'était avant. Il est ressorti des profondeurs près de la cité des libérateurs, je gage que ça sera un moyen pour nous de trouver une solution pour aller faire la peau à Zorkin.
Varasq, lui, est fidèle à lui-même. Je ne détecte aucune capacité magique sur lui, tout dans sa voix m'assure que non, il n'est pas un mage, pourtant je n'oublie pas le lieu où il nous a reçu la première fois et l'étrange sensation que j'ai ressentie quand je lui ai serré la main la première fois comme si... Oh, et puis non... Peu importe. J'ai une intuition au sujet de Varasq mais je préfère que cela reste encore son secret.
Bref, Varasq est là pour nous confirmer que le seigneur d'Elkrin était en fait manipulé par le chef de la guilde des voleurs, le grand directeur des arènes clandestines et que bon... il serait temps d'envisager l'élimination du monsieur.
Un travail humide. Pour un paladin.
Et je n'ai pas dit non.
Parce que c'était quelque chose de logique, surtout que le dit maître voleur semble être d'après Varasq un mort-vivant plutôt puissant.
Qu'avons-nous fait, mon oncle, te demandes-tu ?
Eh bien nous nous sommes rendus tout simplement à la guilde de la cité d'Elkrin pour avoir une conversation avec ce monsieur. Pas n'importe comment bien sûr. Avec un prétexte : réclamer des renseignements au sujet de Zorkin, car nous savons que ce dernier est un ennemi de notre cible. Les ennemis de mes ennemis peuvent toujours paraitre pour mes amis dit le vieil adage.
On laisse tous les hommes de Célestiel aux portes de la ville. On frappe à la porte, on est reçu par un elfe affable et on est guidé dans le sous-sol jusqu'à un endroit contenant moult cercueil sur un lit de terre bien fraiche. Je dois faire mon possible pour tempérer Garresh et Célestiel qui ont visiblement envie d'en découdre de suite. "Chauve-Souris", appelons-le comme ça, nous propose autre chose qu'un combat aux arènes pour avoir des renseignements sur Zorkin, il nous demande d'aller livrer un message à son frère et de le ramener à lui. Une bonne occasion d'en apprendre plus sur "Chauve-souris" fais-je comprendre à Célestiel qui a pris visiblement l'habitude d'être un chef, je peux me contenter d'être un conseiller avisé.
Marché est conclu après que j'ai admis de nombreuses choses qui ont effrayé un peu mes compagnons mais qui étaient pourtant évidentes. "Chauve-souris" n'est pas né de la dernière pluie, il a un énorme réseau de renseignements lui aussi, inutile de lui mentir en ce qui concerne nos accointances avec Varasq. Malheureusement, ma curiosité naturelle et mon envie d'expérimenter des sensations me poussent à m'enquérir de ce qu'il y a à un endroit où je ressens une forte source du mal.
Nous sommes dirigés vers un coin de la crypte où nous sommes reçus par un prêtre squelette d'un dieu qui n'a plus tellement de fidèles. Et là, malgré la bonhomie de la conversation - l'art de la diplomatie exige d'avoir un sérieux sens de l'humour et une forte capacité à pouvoir jouer avec ses préjugés - voilà que nous nous faisons agresser par plusieurs squelettes de la crypte qui se rapprochent de nous pour exploser en un feu d'artifice d'os et de restes de tendons qui blessent sérieusement la plupart d'entre-nous.
Le combat s'engage.
Je n'écoute pas la flamme qui s'éveille en moi à chaque fois que les armes parlent. Je me précipite vers le fond de la crypte pour saisir quelque chose qui est la source d'un grand mal. Un artefact, ou quelque chose d'équivalent, le Livre de la Noire Vilénie... Un sombre objet capable de dévorer en partie votre âme et de vous réduire à l'état de loque humaine. Heureusement que je bénéficie de la protection de Tyr. Je résiste aux pouvoirs destructeurs de l'objet et me dirige vers le combat.
Un combat qui s'avère extrêmement rude. Les sortilèges de soin de Garresh, qui blessent normalement les créatures mortes-vivantes ne semblent pas faire effet et Célestiel ne touche pas à tous les coups et avec un impact moins fort que d'habitude.
Rayan, après nous avoir encouragé, montre certes qu'il est une aide précieuse pour engaillardir les troupes mais euuh, comment dire ? Il est barde et n'a pas la force de Garresh ou la mienne ou la maîtrise de Célestiel avec le fer. Ses sortilèges ne sont que dans le registre de l'informatif ou de l'esquive.
J'étudie un peu la manière de faire de "Chauve-Souris" pendant qu'un de mes sortilèges de prêtre fait plus ou moins chou blanc. Il est extrêmement dur à toucher et résistant à la plupart des coups. Il est temps de laisser parler l'ours et de donner à Célestiel un avantage tactique en prenant notre ennemi en tenaille. C'est assez lâche, je le sais, d'être à plusieurs sur un même adversaire mais lorsque celui-ci est si terrible qu'on ne peut l'affronter seul, il n'y a pas de honte à avoir.
Honte. Honte que j'espère Garresh n'aura pas en repensant aux événements. Je ne sais pas quelle magie impie a utilisée "Chauve-Souris" mais toujours est-il qu'en à peine une quinzaine de secondes, Garresh, pourtant protégé contre le mal, s'est retourné contre nous, a manqué tué Rayan laissé gisant sur le sol avant que sa tête n'explose en une écœurante gerbe de chair.
Oui. Explose. Garresh, mort. Notre meilleure arme contre "Chauve-Souris". Rayan, prêt à fuir en forme gazeuse. Célestiel bien entamé et confronté à un adversaire tel qu'il n'avait jamais connu et moi, qui comprend la seule manière de nous en sortir. Saisir l'affreux, l'écraser, le forcer à se transformer en brume pendant que Célestiel et moi on espère le toucher dans cet état là. Le resaisir dès qu'il se transforme, encore lui faire mal - mes poings semblent causer beaucoup de tort aux créatures mauvaises - tous les deux et l'épuiser petit à petit en espérant résister au seul sort qu'il pourrait lancer entre le moment où il s'est matérialisé et le moment où je le saisis.
J'ai appris une chose au cours de cette année et des quelques mois qui ont précédé. Lorsque deux adversaires luttent, c'est toujours le plus grand et le plus fort qui gagne. Et dans les sang-de-Lune, il y a cette capacité à devenir grand et fort.
"Chauve-souris" est obligé de se transformer en "chauve-souris" et de fuir. On va l'avoir à l'épuisement sinon, ce qui est un comble quand on est un mort-vivant.
Mais la situation n'est pas rose pour autant. Nous sommes dans la crypte d'une guilde des voleurs avec tous les hommes prêts à nous tomber dessus, Garresh est mort et notre seule porte de sortie, c'est que je me transforme à nouveau, que j'use de mes sorts innés et que je fonce dans le tas en espérant que le style de combat défensif que j'ai acquis pourra nous préserver de suffisamment de coups pour que nous nous retrouvions dehors.
Et ce n'est pas tout. Nous sommes aussi en possession de cet artefact du mal.
J'utilise donc le collier remis par Alice pour lui faire un topo de la situation afin qu'elle me dise s'il y a un moyen de détruire le livre. Je suis encore obligé de rentrer en contact avec la chose et résiste encore, loués soit Tyr et Mystra.
Après un quart d'heure de recherche, Alice me confirme que ça ne va pas être une partie de plaisir de se débarrasser de ça. Bien. Je dépense tous mes sorts pour soigner mes compagnons, je ramasse un morceau de Garresh, ses parties génitales - après tout, ça lui semble suffisamment d'importance pour qu'il ait fait un vœu de chasteté, prie mes dieux de nous aider et m'apprête à faire une course avec mes compagnons lorsque nous sommes baignés par de la lumière divine. Un halo puissant, une source incroyablement bonne qui descend des cieux et fait apparaitre Garresh, entièrement guéri.
Quand un dieu vous aime à ce point là, c'est que vous êtes sacrément béni. Je jalouserais presque Garresh sur le coup, là, tiens. Surtout que Garresh est revenu comme s'il avait prévu pile le sort qu'il fallait pour nous sortir de là : vent divin. Une magnifique démonstration d'un des voiles de Mystra qui nous emporte, tous transformés en courant d'air à travers les conduits d'aération de la crypte vers le soleil et la liberté.
Je me suis permis un petit moment de panache au sortir de l'enfer, retourner seul à la guilde des voleurs pour signifier au garde de la porte que si son maître voulait récupérer son livre, c'était la modique somme de deux millions. Un bluff tactique pour que ce denier croit que la raison de notre visite était de voler son artefact plutôt que de le tuer (ce qui le pousserait à se méfier beaucoup plus).
En sortant de la ville, nous avons conclu qu'il nous fallait nous rendre dans la forêt détruite par le dragon pour y trouver le cercueil de "Chauve-Souris" afin de l'empêcher une fois qu'on l'aura tué de se reconstituer. Cet emplacement fut révélé à Garresh par Lathandre.
Pas rien, je vous dis, d'être aimé d'un Dieu. Bon, bien sûr, en échange, Garresh a une sorte de dette morale, qu'on appelle "quête" en langage d'initié, qui l'oblige à cesser toute affaire courante pour s'occuper de "Chauve-Souris" et du Livre de la Noire Vilénie.
Ceci dit, vu ce que nous avons souffert et qui est cette créature, nous sommes tous tombés d'accord pour suivre Garresh. Ceci sans compter que nous aurons Selaque à rejoindre sur le chemin et sans doute l'aide d'un autre compagnon.
Ouf.
C'était long, hein, cette fois mon oncle ?
Oui, mais qu'est-ce que tu veux... Il y a quand même quelque chose de la tragédie dans ces combats contre les morts-vivants où à chaque fois nous perdons un membre de notre équipe.
Et il y a matière à réflexion.
Selaque, Gaël et Garresh sont déjà morts une fois. Rayan, deux. Et tous ont eu la possibilité de revenir à la vie grâce aux circonstances du Destin. Les circonstances du Destin ou l'œil de certains Dieux posés sur nous d'ailleurs ?
Parce que je ne peux m'empêcher de penser maintenant que nous sommes extrêmement favorisés par rapport au commun des mortels. Nous apprenons vite et parfois même plus de choses que nous n'aurions dû apprendre. Nous sommes toujours tous là, excepté Gaël qui a préféré rester dans le royaume des morts.
Qu'est-ce qui est en marche ? Quels fils sont en ce moment tissés pour nous amener vers quelle destination ?
Je ne peux pas croire au simple hasard, ni à la chance. Il y a une volonté derrière tout ça, et j'ai même la sensation d'une sorte de boucle, comme si nous reproduisions un schéma déjà vécu par d'autres. D'autres qui auraient connu l'ascension et auraient pu devenir des Puissances, à défaut de Dieux.
Et c'est le fruit de cette réflexion, plus ce que j'éprouve pour Minuit qui me pousse à me dire que si je venais à mourir et qu'on cherchait à me ramener, j'accepterais peut-être de le faire - sans compter que ça serait l'occasion d'expérimenter de nouvelles sensations.
Oh bon sang. J'espère pourtant que je n'aurais pas à mourir. Ce n'est pas tant que je craigne la mort que le fait de n'avoir pas pu accomplir tout ce que j'avais à accomplir. Quatre chemins à mener de front, c'est long, c'est dur et ça ne fait certainement pas de vous quelqu'un d'aussi capable qu'un spécialiste.
Prends soin de toi mon oncle. Où et qui que tu sois. Embrasse ma grand-mère pour moi.
Et prends soi de toi aussi "Minuit" qui sait maintenant un peu plus qui je suis...

dimanche 9 mai 2010

Mage Feu

Mon oncle...
Quelques jours ont passé, les choses se sont tellement précipitées.
Ah si tu savais comment je me sens maintenant. Ah si tu pouvais être là pour m'expliquer ma grand-mère.
Je dois te dire une chose, avant tout. Je me suis choisi un mentor en attendant un jour de pouvoir te retrouver - ou même savoir que tu n'es pas simplement qu'une illusion que peut-être Mystra ou quelqu'un d'autre aurait placé sur moi afin de m'aider à surmonter ce siècle de vide où je fus esclave des profondeurs. J'ai besoin d'un guide pour aller plus loin et je me suis permis de me placer sous la coupe de Aaris appelé aussi "LGM", le grand mage de HautBois.
C'est lui qui m'a placé sur le chemin de la magie.
Il y a quelques jours, je suis bien allé tirer une carte avec Selaque et Garresh.
Garresh a obtenu de devenir plus fort après avoir vaincu un adversaire dans un combat.
Selaque a vu les vents de la magie lui permettre d'améliorer un de ses attributs innés, la grâce.
Moi, j'ai perdu de moi-même, des expériences accumulées mais en même temps, forcé de tirer une deuxième carte par la magie du jeu, j'ai acquis quatre souhaits. J'en ai aussitôt donné un à chacun de mes compagnons.
Garresh a souhaité que l'âme de la sœur de Célestiel puisse réintégrer son corps.
Selaque a souhaité que la forêt qui fut détruite voici 100 ans par l'attaque du dragon rouge puisse repousser.
Moi, j'ai simplement laissé les vents de la magie décider quel attribut se verrait renforcé, et ma grâce, dans une moindre mesure que celle de Selaque, s'est trouvée améliorée.
Et puis j'ai aussi souhaité que "Mystra puisse jeter son dévolu sur moi".
J'ai souhaité cela bien avant que Aaris m'en apprenne un peu plus sur les mystères et le magefeu et que mon intérêt pour me rapprocher maintenant du chemin de ma mère se trouve renforcé.
Mais je vais un peu trop loin, je déborde, comme toujours.
Célestiel, Swify et Rayan avaient été laissés de côté car ils avaient sans doute fort à faire de leur côté pour réunir des ingrédients magiques demandés par un ami d'Aaris (soi-disant capable de ramener l'âme de la sœur de Célestiel)...
Nous, nous avions pour notre part trois choses à faire :
Prendre un linceul sur le corps d'Heinrich Von Heschrom, un noble issu d'une très vieille famille de la région.
Ramener des yeux de basilic.
Découvrir, puisque c'était sur le chemin, le domaine de Garresh.
Je dois avouer que je n'ai pas été déçu en ce qui concerne le domaine de Garresh. Après tout, il a obtenu ce dernier après que j'ai tiré une carte pour lui. La magie est une chose incroyable. Le domaine de Garresh l'est tout autant. A l'heure où je t'écris, vivent sur ses terres Elaniel un druide grig, une créature féérique aux pouvoirs assez incroyables, un prêtre de Lathandre chargé de l'éducation de quatre ogres et cinq familles de fermiers.
Le grig qui joue du violon d'une manière telle qu'il est capable d'épuiser par la danse forcée provoquée par la musique presque toute menace qui pèserait sur son bosquet nous a fait un cadeau : une fiole contenant assez d'énergie positive pour soigner tout notre groupe si nous venions à être tous en mauvaise posture.
La suite du voyage vers le domaine des Heschrom a fait l'objet d'une révélation quand j'ai aidé un forgeron à forger une arme. J'ai réussi à faire si bien que je me suis dit que Gond devait aussi parfois être derrière moi. Quatre voies, quatre origines, et pourquoi pas quatre Dieux me suis-je dit ?
Ce soir là, après avoir bien réfléchi à qui j'étais, d'où je venais et ce que je faisais dans la vie, je me suis dit quand même que quatre Dieux s'étaient plus particulièrement penchés sur moi. Tyr et Mystra en premiers, certes. Mais par derrière Gond et Sunie assurément. Gond pour mon goût de la connaissance et de la forge, Sunie pour expliquer l'union de mes parents et ma volonté d'essayer de propager l'amour plutôt que la guerre.
Je pense maintenant que ce voyage, en compagnie des deux mystiques de notre groupe était le voyage initiatique que je devais faire depuis longtemps et que c'est le signe, aussi, maintenant de la voie que je dois emprunter.
Je ne vais pas t'embêter avec tous les détails de ce qui s'est passé dans la cité d'Heschromburg.
Heschromburg semblait maudite, en proie à une sorte de langueur, de misère qui durait des siècles.
Toutes les femmes de la famille du comte mourraient jeunes en donnant naissance à un fils.
Tous les mâles de la famille vivaient 150 ans, plutôt misérables, apathiques.
Enfin bref, sache que nous avons eu l'occasion de rencontrer Hans, le seigneur actuel, et qu'à l'occasion d'une visite dans les catacombes familiales, alors que je soupçonnais une possibilité de bouche des enfers ou d'ancien lieu consacré au mal, nous tombâmes, après ouverture du cercueil de l'arrière arrière grand père du duc actuel, sur une âme en peine.
Nous tombâmes, oui. Car le combat fut extrêmement rude.
L'âme en peine combattait sur un terrain où se placer était difficile (dans une crypte) et elle bénéficiait de pouvoirs d'intangibilité et d'esquive qui la rendaient très pénible à affronter. Chaque coup qu'elle nous portait avait des chances de réduire notre essence vitale. Après plusieurs attaques rondement menées par la créature, il advint clair pour elle que Selaque était celle qui avait le plus souffert. Il s'acharna sur elle, faisant fi de Garresh, des licornes invoquées par Selaque et du fait que j'ai dû me transformer deux fois dans le combat.
Il s'acharna. Et Selaque mourut, l'essence vitale dévorée un peu avant qu'on ne puisse lui porter le coup fatal.
Je passe les explications que nous avons dû livrer à Hans pour signifier comment nous en étions arrivés à ouvrir un tombeau familial. Mais toujours est-il qu'en fouillant le corps du plus vieil ancêtre des Heschrom, nous nous rendîmes compte qu'une sombre machination avait été ourdie voici 400 ans mettant au doigt du seigneur un anneau maléfique, apportant malheur et ruine alors que l'anneau véritable, toujours au doigt de l'ancêtre, était censé apporté paix et prospérité.
La nuit où Selaque reposait, préservée par un sortilège de Garresh, je fis également un songe qui allait m'aider le lendemain pour découvrir cette histoire d'anneau maudit et je rêvais aussi d'une femme aux cheveux bruns que j'allais bientôt sauver.
Je ne peux te dire, à quel point au réveil, en dépit de la mort d'un compagnon, je me sentis totalement en harmonie avec mon destin.
Grâce à Garresh, nous pûmes contacter Aaris qui accepta de sacrifier un des nombreux voeux qu'il avait gagné avec les cartes merveilleuses pour ramener Selaque à la vie. Bien sûr, avant de faire cela, Garresh avait pris la peine d'interroger son esprit défunt qui était totalement prêt à accepter la mort si elle ne pouvait pas revenir dans sa vraie forme.
Lorsque j'ai fait le souhait de ramener Selaque à la vie, j'ai essayé d'instiller quelque chose de ces énergies que je ressens autour de moi, j'ai souhaité que Sunie lui donne un peu plus de grâce, que Gond l'intéresse un peu plus à la "vie", que Tyr puisse l'aider à comprendre le sens de la justice et que Mystra puisse permettre ce miracle.
Et force est de constater que depuis son réveil, Selaque a un peu changé. Elle était déjà extrêmement troublante, mais là... Houuu. Enfin, je dis houuu. Je sais que c'est une des plus belles créatures que j'aie jamais vue mais je sais aussi qu'elle doit vivre quelque chose avec Célestiel. D'ailleurs, si je ne me trompe pas, ils risquent d'avoir un heureux événement tous les deux, une fille... Incroyable, n'est-ce pas ?
Nous obtînmes la permission de rester une semaine chez les Heschrom, histoire de trouver un basilic à chasser.
Et je dois avouer que plus les jours passaient, plus les choses étaient claires dans ma tête.
J'avais perdu un peu de moi, j'avais souhaité la présence de Mystra. Quel meilleur moment pour moi que d'embrasser une autre voie, qui finirait peut-être par me compléter ou me montrer la direction pour la voie finale ?
Je sais que j'aurais dû prendre le temps de t'écrire avant.
Je le sais bien.
Mais comme on dit, tu sais, pas de nouvelles, bonnes nouvelles.
Le domaine de Garresh va se développer, il a noué de bonnes relation avec son voisin direct, la forêt va repousser, les elfes ne sont plus en conflit avec les humains, Célestiel et Selaque vont voir leur relation fleurir, Rayan a sauvé sa sœur...
Évidemment, moi, je n'ai retrouvé personne... Ni toi, ni ta sœur, ni ma mère, ni des représentants du Tyr du temps où mon père servait le temple.
Mais en même temps, j'ai ce rêve tenace. Je vais sauver une femme aux cheveux bruns. Elle s'appellera "Minuit" et nous aurons de la route à faire ensemble.
J'ai vu, aussi, qu'avec l'aide de Aaris, je pourrai suivre ma nouvelle voie. Je ne sais pas si "Minuit" suivra aussi ce chemin, mais je crois au destin, aux hasards, aux bénédictions de Tymora.
Tymora. Un cinquième Dieu à rajouter ? Eh, c'est qu'il y en a tellement et qu'il faudrait aussi que je parle de Chauntea, Thorm et Azouth.
Mais non, je vais en rester surtout aux quatre principaux que j'ai envie de prier.
Je souris.
J'imagine ton visage un peu inquisiteur lorsque je mentionne "Minuit".
Qui est cette femme qui va m'accompagner ? Jusqu'à quel point est-elle liée à Mystra ou son clergé ?
C'est un mystère pour l'instant, mon oncle.
Ce qui n'en est pas un, par contre, c'est que je vais devenir prêtre de Mystra, je l'ai décidé. Comprendre sa nature divine et la nature profane des choses est possible en suivant sa voie.
Et je vais aussi essayer de trouver le magefeu.
Le magefeu expliquerait bien des choses, notamment l'étrange manière dont je me transforme qui n'a que partiellement à voir avec la lycanthropie.
J'ai même entendu parler d'élus qui avaient le feu argent. Un sortilège de chaque cercle leur était connu. Et si la lumière, les ténèbres et cette transformation dont je suis capable n'étaient qu'un écho du feu argent ?
Je sais, c'est un peu présomptueux.
Mais plus je réfléchis au miracle de ma naissance, à qui je suis, aux endroits qui ont disparu de ma mémoire, plus je me dis que je dois comprendre ce qui est cause et raison de tout ça : la magie.
J'ai hâte de rencontrer "Minuit", j'ai hâte de rencontrer d'autres pouvoirs que ceux que j'ai reçus.
Oui d'autres pouvoirs. Je m'aperçois que j'ai oublié de te raconter cela aussi. Maintenant, je peux détecter la magie et j'ai compris également, bien que cela m'épuise - pas plus de deux fois par jour, comment analyser la nature d'un objet magique.
Maintenant, je rêve de cette femme et je sais que j'ai des visions du futur.
Maintenant, je suis enfin bien mieux aujourd'hui que je ne l'étais hier...
Je replonge ma main vers les flammes. Demain, je pars sur les chemins avec Aaris.
J'ai chaud. Mais juste ce qu'il faut.

vendredi 7 mai 2010

La voix du barde...

L'âtre rougeoie.
J'avance ma main vers le feu, bien plus près que ne pourraient le faire des humains ordinaires. Je sens moins les flammes que ces derniers.
Je frissonne et je songe aussi que je sens bien moins le froid que le commun des mortels.
Qu'y-a-t'il d'autre que je ressens bien moins que le commun des mortels ?
La douleur ? Non, pas la douleur.
J'entends à nouveau la voix du barde, celle de Rayan. Rayan vient de raconter tout ce que nous avons vécu. Il n'a strictement rien oublié. Rien.
Les trois jours passés dans le conseil des druides où chacun vaque à ses occupations.
Ce que chacun en a retiré : du plaisir et de la connaissance pour Rayan, visiblement ; une occasion de plus se rapprocher de leur nature pour Célestiel et Silaque. Je ne sais pas trop bien pour Garresh et Swify. En ce qui me concerne, ces trois jours ont été mis à profit pour en apprendre un peu plus sur mon passé et découvrir que mon père était mort et que ma mère était prisonnière des drows dans les profondeurs. Un choc. Mais pas un choc si terrible. Peut-être suis-je immunisé en partie à la douleur mentale finalement.
Après plus d'un siècle, il aurait pu être logique que tout le monde soit mort.
Peut-être que le fait de me connecter à une sorte de vibration en moi, le besoin de la création, de donner vie à quelque chose, en forgeant les objets que j'ai faits pour mes compagnons m'a aussi permis de tenir le coup.
Plus je réfléchis, plus je me dis que j'ai loupé un coche à un moment, que je ne suis pas totalement celui que j'aurais dû être, que le destin m'a joué d'étranges tours et que je ne suis pas aussi accompli que ce que je devrais.
Je sais bien qu'en tant que paladin je devrais ranger mon ego, me poser là, ne pas me préoccuper de certaines choses. Et pourtant, j'ai un vide. Un manque. Une chose qui n'est pas comblée par le fait d'en avoir appris plus sur ma nature. Une chose qui n'est pas comblée par le fait d'avoir ramené la paix entre les hommes et les elfes après avoir rencontré les délégués de la nation elfe.
Je devrais être plus heureux que je ne le suis actuellement. Mais peut-être suis-je immunisé aussi au bonheur.
Après tout, nous avons conclu cet accord avec Délarniel - ancien druide, Féélice - prêtresse, Elfira - archère, Findekano - guerrier et Asrafin - magicien.
Après tout, Délarniel nous a expliqué le sort de la soeur de Célestiel, privée de son âme depuis un demi-siècle et avons-nous grâce au mage de Dehontel et une des ses connaissances, avide de composants magiques pour un sort, la possibilité de comprendre le mystère de la pierre d'âme et de guérir la pauvre malade.
Après tout, Arféus paladin de Torm et son émissaire se sont montrés parfaits dans les négociations que nous n'avions fait qu'ouvrir.
Après tout, le seigneur Elrkin est en partie démasqué dans ses intentions et le seigneur Signifiel, grande autorité de l'Aglarond va sans doute nous épauler officieusement pour faire tomber de requin de la politique et des intrigues.
Je devrais être plus heureux.
Nous sommes sortis victorieux des arènes dirigées par Zorkin, nous avons affronté ses créatures d'un autre âge et ce kobbold magicien sans qu'aucun nous ne perde la vie, même si ce fut à deux doigts pour Célestiel, dévoré par la plus grosse des créatures.
Nous avons eu l'occasion de nous équiper avec les récompenses pour nos actions. Mes compagnons, parfois sur mes sages conseils, ont su prendre ce qui leur irait le mieux pour leurs aventures . Garresh abordera enfin une arme et une armure magique, les pouvoirs de la cape de Charisme de Silaque ne font que renforcer ses résistances naturelles et ses capacités à esquiver les coups, l'arme que s'est achetée rayan est bien meilleure que celle que je lui ai fabriquée...
J'ai eu aussi la possibilité, après avoir remis tout mon argent au temple, de recevoir l'épée de mon grand-père, avec un pommeau représentant la lune et l'ours. Une épée qui semble pouvoir assommer les adversaires et chasser les créatures de chaos plus efficacement.
Mais voilà... Mon cœur est en partie vide.
Peut-être parce que je ne tire aucune gloire à ce que nous avons accompli, c'était normal, après tout, c'était notre travail de héros et d'aventuriers. La gloire emplit le cœur des hommes. La richesse aussi parfois. L'amour également.
Mais non...
Il y a ces choses qui ne sont pas finies.
Mon appel vers Tyr était peut-être trop tôt. Il m'interdit pour l'instant de m'intéresser à ce qui me passionne vraiment : créer de la magie. J'aimerais tant pouvoir créer des choses à l'aune de ce que je suis. Je suis une construction, une aberration pour certain. J'ai naïvement pensé que la magie naissait peut-être dans les choses lorsqu'elle était imbuée par la légende de ceux qui portaient les dites choses.
J'aimerais tant voir les fils de la magie, comprendre les filaments qui sont tissés...
Ca doit venir de ma mère. Peut-être que simplement le fait de vénérer Tyr en tant que clerc pourrait me permettre d'apprendre à voir certains des écheveaux de la toile de la magie. Mais il y là autre chose qui se dessine. Je ne me sens pas entièrement porté par tous les aspects de la "philosophie de Tyr". Ce qui m'intéresse dans la justice qu'il apporte, c'est de savoir, de comprendre, de créer les conditions pour la justice pas forcément de la donner. Je pense que si la chose avait été possible, c'est Paladin de Mystra que j'aurais aimé être.
Alors évidemment, c'est facile pour quelqu'un qui est habitué, comme moi, à percer l'âme des hommes de comprendre que ce désir de comprendre la magie, de faire en quelque sorte un pont entre toutes mes natures - moine, paladin, questeur et mage - est conditionné par l'envie de retrouver quatre êtres.
Toi, mon oncle, qui ne devrait pas forcément exister dans mes souvenirs puisque dans mon esprit, c'est tout petit que j'ai dû fuir le village. T'ai-je créé ? Ne serais-tu qu'une illusion ? Comment, après avoir échappé aux profondeurs, à un destin de statue vivante pour le compte de la terrible bête qui nous possédait, en suis-je venu à te rencontrer à nouveau pour que tu m'expédies sur la voie du seigneur Varasq.
Elle, ma mère, qui était magicienne d'après ce qu'on m'a dit... Elle qui est tieffeline avec des atouts certainement différents, elle qui m'a donné ces attributs étranges et ces traits qui font que je ne peux pas ressembler à un demi-elfe ordinaire . Elle dont j'aurais tant voulu apprendre plus jeune...
Ta sœur, la magicienne, la femme de mon grand-père, la mère de mon père défunt, l'elfe qui vit si loin et qui est partie à l'Éternelle Rencontre. Elle, elle saurait des choses, pourrait m'expliquer ce qu'elle a ressenti lorsque son fils s'est marié avec une magicienne qui n'était pas de son peuple.
Moi. Moi que j'ai vu plusieurs fois, dans le futur, dans cette étrange cité en forme d'anneau. Ce que j'ai vu de moi était ce vers quoi je voulais tendre. Paladin, oui, sans doute, sans aucun doute, mais pas seulement. Paladin de la vérité, de la connaissance, de la compréhension de ce qui fait la trame de l'univers. Connaître, apprendre, créer, faire vivre la magie de manière bonne, retourner ce qui est l'arme de destruction la plus massive qui soit contre les mauvais utilisateurs de cet art.
Ce vide, ce vide que je ressens, mon oncle... Il est pourtant si évident. On ne peut connaitre le monde que si on se connait bien soi-même et que si on maîtrise un maximum qui on est.
Je ne suis pas sûr de mon passé, je ne suis pas sûr de mon futur et si le présent est à peu près certain pour l'instant, je n'ai pas cette sensation d'être accompli en étant tout ce que je devrais être.
J'ai bien appris la nature de la lune et l'ours, si tu veux dans les bosquets.
Mais ce n'est qu'un aspect de moi. Un aspect qui j'ai l'impression parfois m'empêche de me concentrer sur le pourquoi je suis comme ça et le comment maîtriser autre chose qui tient à la magie.
Je viens de passer un cap, mon oncle. Un nouveau cap.
Et je ne me sens pas le paladin d'un seul Dieu. Je me ressens paladin de la quête intérieure, d'un plus grand sens de la justice, d'une compréhension plus fine du sens des choses et de la lutte contre les ténèbres à la manière dont tu m'avais parlé : en servant les ménestrels. Plus infiltré, plus discret. Moins en étalage d'un seul et unique Dieu.
Je ne vois pas pourquoi, au stade où j'en suis, je ne servirai que Tyr en fait. Il y a plusieurs autres Dieux ou des causes bien plus humbles et mortels ou tout aussi grandes (sauver un royaume) qui mérite que mon poing, mes griffes, mon épée ou mon verbe puissent s'exprimer en leurs noms.
Je sens un appel vers ailleurs, mon oncle. Vers cette cité, vers un endroit où l'on pourrait continuer à être un champion de justice et un questeur de la vérité même si le pouvoir des Dieux était étouffé.
La voix du barde se remet à vibrer. Il chante des histoires, tellement d'histoires. Et la plupart ne seront que contes et légendes d'ici quelques années.
Oh dieu, ce que je voudrais avoir la force morale de servir sans me poser de questions, simplement.
Mais ne pas se poser de questions serait aller contre ma nature et ferait de moi un bien piètre serviteur de Tyr ou de tous les Dieux prêts à m'accueillir en leurs temples.
Je te laisse mon oncle, il faut que j'aille parler au mage de Dehontel... J'ai obtenu la possibilité, dans le jeu de carte merveilleuses qu'il possède d'avoir la réponse à chose parfaitement essentielle, voire un problème insoluble. Ca va au-delà d'un simple dilemme.
J'ai envie de tirer une autre carte. Une dernière. Avant de m'en aller, si je peux avoir le temps - j'ai un devoir envers mes compagnons après tout - vers ces portails que l'on voit parfois dans la nature et qui permettraient de voyager ailleurs.
Le monde est bien trop petit pour que je reste ici.
Le feu vient de doucement s'éteindre dans la cheminée. Je regarde ma main. Elle est un peu rouge... Je n'ai rien senti. Forcément.

vendredi 30 avril 2010

Dans la verte et profonde forêt...

Il arrive un temps où l'on se regarde en face, mon oncle et où l'on a envie d'apprendre à se connaître.
Depuis quelques jours, je sens un changement en moi. Comment te décrire de la manière la plus précise ce qui m'arrive ?
Imagine des fourmillements dans les bras, les genoux, les mains, parfois sur les flancs. Imagine des petits cristaux charriés par mon sang, la matérialisation de mon pouvoir. Imagine parfois la douleur lorsque les cristaux emportent avec eux toutes les mauvaises énergies pour me purifier.
Imagine aussi comment mes mains chauffent, brûlent ou deviennent parfois gelées lorsque je concentre l'énergie de ces cristaux pour soigner ou pourfendre ceux qui sont marqués par le mal.
Les derniers jours n'ont pas été tristes, mon oncle.
Nous avons rencontrés une créature des bois, une sorte de pixie, je crois, qui nous a aidé à nous débarrassé de nouveaux agresseurs (dont des satyres, ce qui a permis à Rayan, une fois ces derniers défaits de pouvoir récupérer une flute de Pan).
Nous avons évité de tuer un ours sanguinaire.
Nous avons été emmené devant un conseil de druides qui nous ont narré leurs inquiétudes en ce qui concerne le camp elfe. Les choses débordent vraiment et le coeur des elfes a réellement été corrompu par le mal. La nature de ce mal m'est pour l'instant inconnue, mais je ne doute pas que quelques sombres espions du malin aient su travailler de l'intérieur pour transformer les elfes et dessécher leur âme.
Il y avait parmi le conseil un des gens des Sang-de-Lune. Il m'a dit à quel point la nature de l'Ours pouvait être en chaque membre du clan.
Et nous avons décidé de nous reposer un peu.
Pendant le séjour, chez les druide, cela dit, mon oncle, mes objectifs sont assez variés :
- En apprendre plus sur ce que c'est de venir des bois (à l'origine, si tu te souviens bien, je me tâtais à suivre quatre voies : moine, paladin, druide et mage). Je n'ai vraiment pas la sensation d'être une créature des bois, vois-tu. La seule chose qui me connecte à l'univers des druides, c'est l'ours en moi. Et je me demande si c'est bien juste, si on ne m'a pas volé le rapport que j'aurais dû entretenir avec la nature.
Peut-être que tous ces picotements, ces douleurs, cette énergie qui circule a quelque chose à voir avec l'éveil d'un pouvoir dans les bois, je ne sais pas.
- Poser des questions sur ma mère. Je sais que mon père était paladin demi-elfe demi-tribu de l'ours, mais ma mère, celle qui vint un jour et qui repartit, est-ce que certains l'ont connue ? Est-ce qu'ils sauraient me dire qui elle était. Quel était son visage... Tu n'as jamais su répondre à ces questions, étrangement, comme si tu ne l'avais jamais vue.
- Répondre à l'appel du métal et de la création. Ces picotements, cette énergie, c'est peut-être tout simplement la magie qui bouillonne en moi et qui ne demande qu'à s'exprimer. Je vais demander aux druides si je peux avoir accès à une possibilité de feu magique pour tenter de réaliser un diadème ou une couronne un peu solaire pour Garresh, une serpe pour Silaque, un long couteau elfique pour Sélestiel, un petit dragon gravé pour Swify et une lame de meilleure qualité pour inciter Rayan à aller de temps en temps au contact.
Si j'ai le temps, j'aimerais bien avoir la possibilité de me forger la même arme qu'utilise Tyr, l'épée longue.
Tu vois, mon oncle, plus le temps passe, plus je regrettais de ne pas avoir assez de temps pour pratiquer le chant, la poésie ou la danse. Plus je découvre en fait que j'ai besoin de créer, de transformer, de comprendre le processus de création de quelque chose qui pourrait acquérir une légende ou de la magie. Peut-être parce que je suis une création moi aussi.
Les nuits sont douces, les arbres sont protecteurs, nul ombre ne vient peser sur nous, c'est la première fois depuis que j'ai rencontré mes compagnons que je me sens en sécurité. Je comprends pourquoi les druides protègent la forêt. Les arbres sont la cathédrale du vivant, mon oncle. Aucun édifice construit par l'homme ou même par la magie ne saurait égaler la beauté, la majesté et le fluide qui baignent les forêts primaires et pures.
Je dois te laisser mon oncle, les bruits et les échos de la forge résonnent déjà en moi, ma main me démange, mes genoux flagellent un peu sous la douleur de cette vague d'énergie que je ressens en moi et qui ne demande qu'à s'exprimer pour m'aider à devenir un homme plus grand encore.

mercredi 7 avril 2010

L'encre du sang

Ah mon oncle, encore une fois, dans les flammes, s'envolent les pensées.
Encore une fois, dans les cendres, s'inscrivent les vers récités.
Mais qui est donc cet Ashkor qui fit alliance avec les elfes voici une centaine d'années ?
Ce dragon, allié du seigneur Zorkin, maître des ténèbres ?
Nous avons trouvé des informations sur un lieu où il pourrait résider grâce à un dragon, alliés des nains et du roi Thorfin... Un beau dragon régnant sur un territoire de glace et laissant totalement en transe Swify le petit kobbold qui nous a rejoint. En transe, oui mon oncle. J'ai eu pas mal l'occasion de parler de lui du processus de la transformation, il semble penser qu'un jour il sera un dragon. En ceci, nous nous rejoignons lui et moi et j'ai décidé de l'accompagner, le soir, dans ses prières adressées à Bahamuth, le seigneur de tous les dragons.
Pourquoi l'accompagner, pourquoi le processus de transformation ?
J'ai trouvé des écrits de Yordan Sang de Lune, mon père. Le fruit de quinze années d'analyse et d'études sur sa condition de demi elfe et de changeur de peau, un processus de réflexion très poussé qui l'a amené à considérer que son don pour se changer en Ours était lié à la foi qu'il éprouvait pour Tyr et que cela semblait, de fait, une sorte de rétribution ou de bénédiction du Dieu manchot.
La sagesse est la voie de l'illumination. Il n'est pas forcément nécessaire que je devienne prêtre, mon statut de paladin semble suffisant pour cela. Mais c'est une quête qui peut prendre des mois ou des années, selon le cours des événements...
Très intéressant. C'est la récompense que j'ai demandée au roi du clan nain pour les avoir aidés : d'avoir une copie du carnet de mon père, trouvé dans leur bibliothèque. Ils m'ont offert gracieusement l'original.
Silaque, elle n'a rien demandé. Célestiel a demandé de parler à un dragon, ce qui fut fait. Swify, lui, a désiré un service dans le futur. Rayan, lui, je crois qu'il s'agissait plutôt de pouvoir se protéger contre l'acide. Quant à Garresh, il a plaidé pour la cause des ogres que nous avions sauvés du village des nains gris. Sur les sept ogres qui furent sauvés, deux se sont donnés la mort après avoir entendu les propositions de Garresh, un a préféré rester en prison et quatre ont accepté d'être éduqués par le seigneur Varrasq.
Ils sont restés maîtres de leur destin. Tout ce que désirait Garresh. Mais le vent se lève, mon oncle, les cendres sont si vite dispersées. Je te laisse quelques instants, avant de reprendre mes écrits, lorsqu'il sera mon tour de veiller sur notre petite bande d'aventuriers.

Je me réveille. Et tu sais quoi ?
Si je suis une aberration, de quoi sont fait mes songes ?
Si les part d'ange, d'elfe et de démon qu'il y a en moi n'ont pas besoin de repos, que font-elles pendant que la part d'humain et d'ours en moi tente de découvrir son futur ?
Je continue à frissonner en songeant à ce que je suis mon oncle. Mais que veux-tu... Peut-être "qu'aberration" n'est qu'un terme désignant un état magique et non pas une condition humaine en ce qui me concerne... Car si le quart de mon sang est elfe, de combien de sang de démon ou d'ange sont constitués les aasimars et les tieffelins. Même pas 2 % je suppose. Ce qui me laisse trois quart de sang humain. Ce qui me laisse me poser des questions sur le statut de cette femme que mon père a aimé.
Peut-être était-elle autre chose qu'une demi aasimar-tieffeline. Peut-être, oui.
Peut-être était-elle une récompense envoyée à mon père par Tyr, une récompense du même genre que sa compréhension de sa nature de métamorphe.
Mais passons, mon oncle, passons, je m'égare.
Je regarde swify, quelqu'un qui est sans doute appelé à un grand destin si ses aspirations se concrétisent. Et je songe que d'une certaine manière, il est peut-être plus proche de moi encore que Garresh.
Je regarde mes autres compagnons.
Rayan, je ne le cerne pas. Il a encore plus embrassé sa nature depuis qu'il est mort et qu'il est revenu sous la forme d'un satyre. C'est un compagnon fidèle mais je ne suis pas certain de sa loyauté indéfectible sur tous les sujets, quelque chose que j'aurais eu tendance à exiger d'un personnage comme lui alors que mes autres compagnons ne manifestent pas forcément également ce trait de caractère. Je crains également qu'il ne se sente un peu meurtri de ne pas être aussi efficace que d'autres en combat.
Célestiel, je lui ai dit voici deux jours qu'il n'avait pas à s'en faire pour Selaque. Je la lui "laissais". Je vois bien qu'il semble amoureux. Je vois aussi que Rayan semble sous le charme, mais c'est d'une autre nature, moins chaste, à mon avis. Célestiel a quelques problèmes de tempérance. Célestiel n'a pas de problèmes pour faire la guerre ou sa mission, par contre. De nous tous, c'est lui qui a tué le plus d'elfes. Et d'humains. Son cimeterre tueur d'humains a fait des ravages lors du dernier combat.
Garresh a une quête avec ses ogres. Bon, je lui souhaite de ne pas être victime de désillusions. Il y a quand même malgré tout une énorme empreinte du mal sur la race des ogres et des ogres mages. Il ne pourra que sauver les plus forts. Sauver la race des griffes des ténèbres est une quête qui relèverait à mon avis du niveau épique ou divin. Bien loin de ce que nous sommes.
Selaque, elle, bon... Elle a un problème, c'est sûr. Elle est sérieusement paumée. Avoir perdu rapidement deux compagnons animaux ne l'a pas aidée. Nous avons pu assister il y a quelques heures à une sorte de rite de contrition de notre druidesse en face de loups inquiets de la voir se trainer les fantômes de ses compagnons défunts. J'aimerais bien en apprendre plus sur la nature avec elle, mais c'est la nature humaine que je dois avant tout comprendre et essayer d'exploiter les qualités de chacun au mieux de leurs possibilités pour que le groupe fonctionne. Un peu comme si j'étais le ciment. Je crois avoir compris qu'elle avait été un peu perturbée par ma manière de manipuler Célestiel pour qu'il la suive dans la caverne du dragon de glace. Elle est totalement étrangère aux subtilités de la conversation ou de l'intrigue. J'espère qu'elle ne perdra pas son innocence mais que sa sagesse saura lui apprendre à un peu mieux connaitre le coeur des hommes.
Une poignée de terre dans ma main. Elle s'écoule comme les derniers jours qui viennent de se passer.
Je revois la montagne qui s'éloigne, la forêt et la cité qui se rapproche.
Je revois l'attaque de ces cavaliers sur des licornes noires. Il n'a pas été simple d'en garder un vivant ainsi qu'une de ces créatures. Mes compagnons n'ont pas mes scrupules en ce qui concerne le fait d'ôter la vie.
Je revois le prisonnier nous dire à quel point les elfes causent du tort à la cité qu'il défend depuis près d'un siècle. Une cité où des représentants du Thay ont été accueilli à bras ouverts. Le chef de cette cité a vraiment une dent contre les elfes et il en est réduit au point d'accepter des cultes ou des Eglises pas franchement saintes dans sa cité.
Je me revois comprendre avec Rayan qui m'avait accompagné dans la cité pendant que nos compagnons veillaient sur le prisonnier et la licorne noire survivante à quel point les choses ne sont pas simples. Ce n'est pas blanc ou noir. Les gens désespérés ont pris des mesures désespérées.
Les elfes sont l'ennemi pour eux et il n'était pas grand-chose que je pouvais faire à ce sujet.
Je revois la licorne invoquée par Selaque lui dire que non, la licorne noire ne pouvait être sauvée.
Je nous revois prendre notre chemin vers la forêt où sont les elfes et je revois les gardiens de cette forêt, les loups reprochant à Selaque la perte de ses compagnons.
Et je suis encore plus perdu.
Comment, pendant près d'un siècle, les gens peuvent se faire manipuler ?
Et je réfléchis un peu et je me dis :
Comment, pendant des millénaires et des millénaires, des peuples ou des races peuvent-ils rester sous le jougs du mal et de la terreur ?
Demain, nous pénétrerons dans une forêt habitée par de nombreux esprits ancestraux et sans doute des elfes dont le coeur ne cesse de saigner.
Selaque prendra certainement plus d'assurance car c'est elle, de nous tous, qui est la plus à l'aise dans la nature.
Demain, j'aurai certainement d'autres choses à te raconter, mon oncle.
Et tu sais quoi ?
Demain, j'essaierai de faire en sorte d'appliquer une des meilleures leçons de vie que tu m'aies donnée : que ça soit un jour encore meilleur que la veille.

vendredi 26 mars 2010

Dans les ombres règnent d'autres ombres.

Savais-tu, mon oncle, que lorsque je brûle ces messages que je t'envoie, j'ai parfois des signes, j'ai parfois des visions. Je me vois, dans le futur, dans cette cité en forme d'anneau, dans cette auberge, me retournant sur mon passé et les choix que j'ai faits.
Est-ce en partie dû à ma nature ?
J'ai appris depuis peu que ma nature n'était pas, pour le commun des mortels, celle d'un humanoïde, mon oncle.
Non, je suis considéré comme une "aberration", tu entends ? Une aberration...
Et là, je te demande...
Qu'est-ce que cela implique pour les ombres qui règnent dans mes ombres ?
Comment puis-je faire la lumière en moi alors que ce mot semble entâché de l'empreinte des ténèbres ?
Je ne suis pas un spécialiste des choses et des créatures.
Je n'ai pas suivi quatre voies. Celle de la prêtrise et de la magie me manquent pour être complet, pour être en harmonie avec tout ce qui fait mes origines.
Des origines que j'ai pu un peu tracées la dernière fois.
Nous sommes descendus dans les ténèbres, nous sommes descendus dans les enfers des profondeurs où mon grand-père descendit pour repousser les engeances vomies par les boyaux de la terre.
Nous avons rencontrés des nains. Sept nains. Deux d'entre-eux se détachaient du lot. L'un s'appelait Krak. Un solide guerrier, capable d'être très discret.
Leur chef s'appelait Mordar Brise-Crânes. Plusieurs d'entre-eux servaient Amseth, un dieu nain liés aux domaines de la guerre, de l'alcool, de la force et des voyages.
Leur roi s'appelait Torel, fils de Bofin, de la famille des Brise-Crânes.
Mais pourquoi est-ce que je te parle d'eux au passé ? Ils sont toujours vivants. Ils sont toujours en lutte contre certains de leurs voisins des profondeurs.
En fait, ils nous ont remercié pour avoir détruit l'engeance qui régnait en surface, l'elfe-araignée, ils se sont méfiés un peu de nous parce qu'on était avec un ogre, une créature qu'ils combattent car elle est souvent esclave de tribus de duergars. Ils nous ont invités à célébrer leur dieux joyeux au cours d'un repas arrosé pendant que Garresh faisait plus ou moins contrition le temps de rencontrer le roi.
Le roi nous a reconnus en tant qu'aventuriers, même Garresh. Et il s'est fendu de nous donner une mission : passer par derrière lors d'une attaque dirigée sur une cité de duergars.
Ce que nous avons faits. Nous n'étions pas accompagnés dans les profondeurs par Célestiel du fait d'une animosité assez réciproque entre les elfes et les nains. Une animosité qui m'échappe. Le combat fut donc différent. J'ai opté pour une technique qui me semble parfaitement évidente en temps de conflit et pour limiter des pertes inutiles : tuer le chef, faire peur aux suivants en exposant la tête du premier. L'ogre mage qui dirigeait les ogres esclaves de la cité se sont très vite rendus quand ils m'ont vu exposer la tête de leur chef.
Je n'ai pas vraiment eu le temps de réfléchir au fait que je venais de tuer seulement pour la deuxième fois depuis que je me suis mis en aventure. Tuer une personne pour éviter un carnage, c'est ce que j'avais trouvé de plus juste, même possédé par l'ours.
Ah mon oncle, je m'aperçois que je ne te raconte certainement pas tout ce qui nous est arrivé. Le voyage dans les profondeurs, la découverte d'une magnifique cité forgée par des experts des profondeurs, les recherches dans une bibliothèque au sujet de ce qui m'est arrivé à Célestiel, Silaque et moi ou des exploits que mon grand-père put accomplir.
Je ne t'ai pas parlé de notre ennemi, ce tyrannoeil qui attend dans les profondeurs qu'un jour, peut-être nous revenions vers lui.
Je n'ai pas exprimé mes doutes concernant le futur. Est-ce que je suis la bonne voie ?
Je crois que oui, j'essaie de me verser de plus en plus dans les arts de la diplomatie. Avec le temps, tu sais aussi qu'on renforce une partie de sa personnalité ou de son corps... J'ai choisi la sphère sociale. Mais je doute que mes talents sociaux pourront me servir tout le temps. Je ne suis pas certain de pouvoir toujours tempérer tous ceux de mon groupe, il faut dire que certains n'ont pas reçu mes talents pour garder mon calme.
Ceci dit, mon oncle, de quoi serait faite la vie si tout était certitude, si on avait pas de doute ? Hein ?
J'espère encore une fois que ces mots par delà la lumière et les cendres te parviendront où que tu te tiennes, même dans cette cité, loin là-bas, en forme d'anneau qui vibre au milieu de tout ce qui se rencontre dans les plans.
Dans les ombres règnent d'autres ombres. J'en suis peut-être une. Mais qui a dit qu'une ombre était forcément quelque chose lié aux enfers et au mal.
Certains des plus beaux poèmes ont été inspiré par les lumières et les ombres projetées par la Lune...
Et c'est dans l'ombre qu'on apprend aussi à connaître ses démons et à mieux les vaincre pour se mettre en lumière.
A la prochaine fois, mon oncle...

jeudi 25 février 2010

Dans la forêt profonde...

Tu sais mon oncle, parfois je prends peur.
Pas peur pour moi.
Peur pour ce qui est, pour la grande toile du Destin.
Après la disparition de l'un des nôtres, nous avons eu l'occasion d'embaucher un magicien. Notre mentor est généreux en la question.
Très généreux.
Mais comment dire, après avoir demandé à mes compagnons qui ils préféraient engager, j'ai choisi la voie de la raison en prenant celui qui était le plus cité : un kobbold.*
Cela ne fait pas vraiment pour que notre équipe soit discrète.
Mais un magicien est bien ce dont nous manquions dans notre équipe. Il nous permettra de démêler le vrai du faux... Enfin, je l'espère. Parce que vois-tu, nous sommes très loin d'être au bout de nos peines.
Après avoir accepté ce magicien dans nos rangs - il répond au doux nom de Swifty, nous avons décidé de continuer notre mission.
Là, en nous enfonçant dans les bois, nous avons été attaqué par des elfes et un centaure. Je te passe les détails, mais disons que j'ai essayé d'oeuvrer en tant que paladin, en négociant après que l'un d'entre-nous ait pris une flèche. En négociant. J'ai pris 6 flèches dans le buffet, tueuses d'aberrations qui plus est. Ce que je semble être mon oncle. Une aberration, même pas quelque chose qui serait humanoïde, tu entends ?
6 flèches dans le buffet pour être sauvé par notre prêtre avant de me transformer pour participer au combat.
Nous avons appris du centaure que nous avons capturés qu'il possédait des objets maudits sur lui capables de transformer les gens, ce qui est peut-être arrivé aux elfes. Nous avons aussi découvert que son maître s'appelait Zorkin, et que c'était un beholder. Une créature des profondeurs que peu des membres de notre groupe peuvent encore oser approcher.
Mais bref... Une fois l'elfe et le centaure livrés à Vargas, nous avons repris notre exploration.
Oui. Pas forcément de bon coeur. Juste avec le sens sévère de la justice et de découvrir ce qui est.
Et là, nous sommes tombés dans une sorte de piège où une créature s'est fait passer pour un ancien serviteur de Célestiel. Une créature qui commandait aux araignées et qui maîtrisait très bien la magie. Le combat fut particulièrement rude pour moi car j'ai décidé cette fois-ci de ne pas me transformer en cas qu'il y ait une autre rencontre dans la même journée.
C'est au cours de ce combat que j'ai vu à quel point prêtre, druide et magicien faisaient la force de frappe du groupe quand le guerrier pouvaient contenir le monstre. C'est au cours de ce combat que j'ai compris qu'il me faudrait trouver un moyen d'avoir ma place dans ce groupe. Je songe à la position de leader pour ce qui concerne le fait de traiter avec les gens et de négocier avant de frapper. J'ai déjà pu faire convenir d'un signal au reste du groupe : quiproquo.
On doit chacun tirer parti de ses forces et de ses faiblesses que veux-tu.
Je regarde les flammes qui s'envolent et qui emportent les morceaux de ce message dans le ciel.
J'espère qu'il te parviendra. Comme toujours...