L'âtre rougeoie.
J'avance ma main vers le feu, bien plus près que ne pourraient le faire des humains ordinaires. Je sens moins les flammes que ces derniers.
Je frissonne et je songe aussi que je sens bien moins le froid que le commun des mortels.
Qu'y-a-t'il d'autre que je ressens bien moins que le commun des mortels ?
La douleur ? Non, pas la douleur.
J'entends à nouveau la voix du barde, celle de Rayan. Rayan vient de raconter tout ce que nous avons vécu. Il n'a strictement rien oublié. Rien.
Les trois jours passés dans le conseil des druides où chacun vaque à ses occupations.
Ce que chacun en a retiré : du plaisir et de la connaissance pour Rayan, visiblement ; une occasion de plus se rapprocher de leur nature pour Célestiel et Silaque. Je ne sais pas trop bien pour Garresh et Swify. En ce qui me concerne, ces trois jours ont été mis à profit pour en apprendre un peu plus sur mon passé et découvrir que mon père était mort et que ma mère était prisonnière des drows dans les profondeurs. Un choc. Mais pas un choc si terrible. Peut-être suis-je immunisé en partie à la douleur mentale finalement.
Après plus d'un siècle, il aurait pu être logique que tout le monde soit mort.
Peut-être que le fait de me connecter à une sorte de vibration en moi, le besoin de la création, de donner vie à quelque chose, en forgeant les objets que j'ai faits pour mes compagnons m'a aussi permis de tenir le coup.
Plus je réfléchis, plus je me dis que j'ai loupé un coche à un moment, que je ne suis pas totalement celui que j'aurais dû être, que le destin m'a joué d'étranges tours et que je ne suis pas aussi accompli que ce que je devrais.
Je sais bien qu'en tant que paladin je devrais ranger mon ego, me poser là, ne pas me préoccuper de certaines choses. Et pourtant, j'ai un vide. Un manque. Une chose qui n'est pas comblée par le fait d'en avoir appris plus sur ma nature. Une chose qui n'est pas comblée par le fait d'avoir ramené la paix entre les hommes et les elfes après avoir rencontré les délégués de la nation elfe.
Je devrais être plus heureux que je ne le suis actuellement. Mais peut-être suis-je immunisé aussi au bonheur.
Après tout, nous avons conclu cet accord avec Délarniel - ancien druide, Féélice - prêtresse, Elfira - archère, Findekano - guerrier et Asrafin - magicien.
Après tout, Délarniel nous a expliqué le sort de la soeur de Célestiel, privée de son âme depuis un demi-siècle et avons-nous grâce au mage de Dehontel et une des ses connaissances, avide de composants magiques pour un sort, la possibilité de comprendre le mystère de la pierre d'âme et de guérir la pauvre malade.
Après tout, Arféus paladin de Torm et son émissaire se sont montrés parfaits dans les négociations que nous n'avions fait qu'ouvrir.
Après tout, le seigneur Elrkin est en partie démasqué dans ses intentions et le seigneur Signifiel, grande autorité de l'Aglarond va sans doute nous épauler officieusement pour faire tomber de requin de la politique et des intrigues.
Je devrais être plus heureux.
Nous sommes sortis victorieux des arènes dirigées par Zorkin, nous avons affronté ses créatures d'un autre âge et ce kobbold magicien sans qu'aucun nous ne perde la vie, même si ce fut à deux doigts pour Célestiel, dévoré par la plus grosse des créatures.
Nous avons eu l'occasion de nous équiper avec les récompenses pour nos actions. Mes compagnons, parfois sur mes sages conseils, ont su prendre ce qui leur irait le mieux pour leurs aventures . Garresh abordera enfin une arme et une armure magique, les pouvoirs de la cape de Charisme de Silaque ne font que renforcer ses résistances naturelles et ses capacités à esquiver les coups, l'arme que s'est achetée rayan est bien meilleure que celle que je lui ai fabriquée...
J'ai eu aussi la possibilité, après avoir remis tout mon argent au temple, de recevoir l'épée de mon grand-père, avec un pommeau représentant la lune et l'ours. Une épée qui semble pouvoir assommer les adversaires et chasser les créatures de chaos plus efficacement.
Mais voilà... Mon cœur est en partie vide.
Peut-être parce que je ne tire aucune gloire à ce que nous avons accompli, c'était normal, après tout, c'était notre travail de héros et d'aventuriers. La gloire emplit le cœur des hommes. La richesse aussi parfois. L'amour également.
Mais non...
Il y a ces choses qui ne sont pas finies.
Mon appel vers Tyr était peut-être trop tôt. Il m'interdit pour l'instant de m'intéresser à ce qui me passionne vraiment : créer de la magie. J'aimerais tant pouvoir créer des choses à l'aune de ce que je suis. Je suis une construction, une aberration pour certain. J'ai naïvement pensé que la magie naissait peut-être dans les choses lorsqu'elle était imbuée par la légende de ceux qui portaient les dites choses.
J'aimerais tant voir les fils de la magie, comprendre les filaments qui sont tissés...
Ca doit venir de ma mère. Peut-être que simplement le fait de vénérer Tyr en tant que clerc pourrait me permettre d'apprendre à voir certains des écheveaux de la toile de la magie. Mais il y là autre chose qui se dessine. Je ne me sens pas entièrement porté par tous les aspects de la "philosophie de Tyr". Ce qui m'intéresse dans la justice qu'il apporte, c'est de savoir, de comprendre, de créer les conditions pour la justice pas forcément de la donner. Je pense que si la chose avait été possible, c'est Paladin de Mystra que j'aurais aimé être.
Alors évidemment, c'est facile pour quelqu'un qui est habitué, comme moi, à percer l'âme des hommes de comprendre que ce désir de comprendre la magie, de faire en quelque sorte un pont entre toutes mes natures - moine, paladin, questeur et mage - est conditionné par l'envie de retrouver quatre êtres.
Toi, mon oncle, qui ne devrait pas forcément exister dans mes souvenirs puisque dans mon esprit, c'est tout petit que j'ai dû fuir le village. T'ai-je créé ? Ne serais-tu qu'une illusion ? Comment, après avoir échappé aux profondeurs, à un destin de statue vivante pour le compte de la terrible bête qui nous possédait, en suis-je venu à te rencontrer à nouveau pour que tu m'expédies sur la voie du seigneur Varasq.
Elle, ma mère, qui était magicienne d'après ce qu'on m'a dit... Elle qui est tieffeline avec des atouts certainement différents, elle qui m'a donné ces attributs étranges et ces traits qui font que je ne peux pas ressembler à un demi-elfe ordinaire . Elle dont j'aurais tant voulu apprendre plus jeune...
Ta sœur, la magicienne, la femme de mon grand-père, la mère de mon père défunt, l'elfe qui vit si loin et qui est partie à l'Éternelle Rencontre. Elle, elle saurait des choses, pourrait m'expliquer ce qu'elle a ressenti lorsque son fils s'est marié avec une magicienne qui n'était pas de son peuple.
Moi. Moi que j'ai vu plusieurs fois, dans le futur, dans cette étrange cité en forme d'anneau. Ce que j'ai vu de moi était ce vers quoi je voulais tendre. Paladin, oui, sans doute, sans aucun doute, mais pas seulement. Paladin de la vérité, de la connaissance, de la compréhension de ce qui fait la trame de l'univers. Connaître, apprendre, créer, faire vivre la magie de manière bonne, retourner ce qui est l'arme de destruction la plus massive qui soit contre les mauvais utilisateurs de cet art.
Ce vide, ce vide que je ressens, mon oncle... Il est pourtant si évident. On ne peut connaitre le monde que si on se connait bien soi-même et que si on maîtrise un maximum qui on est.
Je ne suis pas sûr de mon passé, je ne suis pas sûr de mon futur et si le présent est à peu près certain pour l'instant, je n'ai pas cette sensation d'être accompli en étant tout ce que je devrais être.
J'ai bien appris la nature de la lune et l'ours, si tu veux dans les bosquets.
Mais ce n'est qu'un aspect de moi. Un aspect qui j'ai l'impression parfois m'empêche de me concentrer sur le pourquoi je suis comme ça et le comment maîtriser autre chose qui tient à la magie.
Je viens de passer un cap, mon oncle. Un nouveau cap.
Et je ne me sens pas le paladin d'un seul Dieu. Je me ressens paladin de la quête intérieure, d'un plus grand sens de la justice, d'une compréhension plus fine du sens des choses et de la lutte contre les ténèbres à la manière dont tu m'avais parlé : en servant les ménestrels. Plus infiltré, plus discret. Moins en étalage d'un seul et unique Dieu.
Je ne vois pas pourquoi, au stade où j'en suis, je ne servirai que Tyr en fait. Il y a plusieurs autres Dieux ou des causes bien plus humbles et mortels ou tout aussi grandes (sauver un royaume) qui mérite que mon poing, mes griffes, mon épée ou mon verbe puissent s'exprimer en leurs noms.
Je sens un appel vers ailleurs, mon oncle. Vers cette cité, vers un endroit où l'on pourrait continuer à être un champion de justice et un questeur de la vérité même si le pouvoir des Dieux était étouffé.
La voix du barde se remet à vibrer. Il chante des histoires, tellement d'histoires. Et la plupart ne seront que contes et légendes d'ici quelques années.
Oh dieu, ce que je voudrais avoir la force morale de servir sans me poser de questions, simplement.
Mais ne pas se poser de questions serait aller contre ma nature et ferait de moi un bien piètre serviteur de Tyr ou de tous les Dieux prêts à m'accueillir en leurs temples.
Je te laisse mon oncle, il faut que j'aille parler au mage de Dehontel... J'ai obtenu la possibilité, dans le jeu de carte merveilleuses qu'il possède d'avoir la réponse à chose parfaitement essentielle, voire un problème insoluble. Ca va au-delà d'un simple dilemme.
J'ai envie de tirer une autre carte. Une dernière. Avant de m'en aller, si je peux avoir le temps - j'ai un devoir envers mes compagnons après tout - vers ces portails que l'on voit parfois dans la nature et qui permettraient de voyager ailleurs.
Le monde est bien trop petit pour que je reste ici.
Le feu vient de doucement s'éteindre dans la cheminée. Je regarde ma main. Elle est un peu rouge... Je n'ai rien senti. Forcément.
Compte-rendus de certaines de mes parties en personnage joueur ou maître de jeu...
vendredi 7 mai 2010
vendredi 30 avril 2010
Dans la verte et profonde forêt...
Il arrive un temps où l'on se regarde en face, mon oncle et où l'on a envie d'apprendre à se connaître.
Depuis quelques jours, je sens un changement en moi. Comment te décrire de la manière la plus précise ce qui m'arrive ?
Imagine des fourmillements dans les bras, les genoux, les mains, parfois sur les flancs. Imagine des petits cristaux charriés par mon sang, la matérialisation de mon pouvoir. Imagine parfois la douleur lorsque les cristaux emportent avec eux toutes les mauvaises énergies pour me purifier.
Imagine aussi comment mes mains chauffent, brûlent ou deviennent parfois gelées lorsque je concentre l'énergie de ces cristaux pour soigner ou pourfendre ceux qui sont marqués par le mal.
Les derniers jours n'ont pas été tristes, mon oncle.
Nous avons rencontrés une créature des bois, une sorte de pixie, je crois, qui nous a aidé à nous débarrassé de nouveaux agresseurs (dont des satyres, ce qui a permis à Rayan, une fois ces derniers défaits de pouvoir récupérer une flute de Pan).
Nous avons évité de tuer un ours sanguinaire.
Nous avons été emmené devant un conseil de druides qui nous ont narré leurs inquiétudes en ce qui concerne le camp elfe. Les choses débordent vraiment et le coeur des elfes a réellement été corrompu par le mal. La nature de ce mal m'est pour l'instant inconnue, mais je ne doute pas que quelques sombres espions du malin aient su travailler de l'intérieur pour transformer les elfes et dessécher leur âme.
Il y avait parmi le conseil un des gens des Sang-de-Lune. Il m'a dit à quel point la nature de l'Ours pouvait être en chaque membre du clan.
Et nous avons décidé de nous reposer un peu.
Pendant le séjour, chez les druide, cela dit, mon oncle, mes objectifs sont assez variés :
- En apprendre plus sur ce que c'est de venir des bois (à l'origine, si tu te souviens bien, je me tâtais à suivre quatre voies : moine, paladin, druide et mage). Je n'ai vraiment pas la sensation d'être une créature des bois, vois-tu. La seule chose qui me connecte à l'univers des druides, c'est l'ours en moi. Et je me demande si c'est bien juste, si on ne m'a pas volé le rapport que j'aurais dû entretenir avec la nature.
Peut-être que tous ces picotements, ces douleurs, cette énergie qui circule a quelque chose à voir avec l'éveil d'un pouvoir dans les bois, je ne sais pas.
- Poser des questions sur ma mère. Je sais que mon père était paladin demi-elfe demi-tribu de l'ours, mais ma mère, celle qui vint un jour et qui repartit, est-ce que certains l'ont connue ? Est-ce qu'ils sauraient me dire qui elle était. Quel était son visage... Tu n'as jamais su répondre à ces questions, étrangement, comme si tu ne l'avais jamais vue.
- Répondre à l'appel du métal et de la création. Ces picotements, cette énergie, c'est peut-être tout simplement la magie qui bouillonne en moi et qui ne demande qu'à s'exprimer. Je vais demander aux druides si je peux avoir accès à une possibilité de feu magique pour tenter de réaliser un diadème ou une couronne un peu solaire pour Garresh, une serpe pour Silaque, un long couteau elfique pour Sélestiel, un petit dragon gravé pour Swify et une lame de meilleure qualité pour inciter Rayan à aller de temps en temps au contact.
Si j'ai le temps, j'aimerais bien avoir la possibilité de me forger la même arme qu'utilise Tyr, l'épée longue.
Tu vois, mon oncle, plus le temps passe, plus je regrettais de ne pas avoir assez de temps pour pratiquer le chant, la poésie ou la danse. Plus je découvre en fait que j'ai besoin de créer, de transformer, de comprendre le processus de création de quelque chose qui pourrait acquérir une légende ou de la magie. Peut-être parce que je suis une création moi aussi.
Les nuits sont douces, les arbres sont protecteurs, nul ombre ne vient peser sur nous, c'est la première fois depuis que j'ai rencontré mes compagnons que je me sens en sécurité. Je comprends pourquoi les druides protègent la forêt. Les arbres sont la cathédrale du vivant, mon oncle. Aucun édifice construit par l'homme ou même par la magie ne saurait égaler la beauté, la majesté et le fluide qui baignent les forêts primaires et pures.
Je dois te laisser mon oncle, les bruits et les échos de la forge résonnent déjà en moi, ma main me démange, mes genoux flagellent un peu sous la douleur de cette vague d'énergie que je ressens en moi et qui ne demande qu'à s'exprimer pour m'aider à devenir un homme plus grand encore.
Depuis quelques jours, je sens un changement en moi. Comment te décrire de la manière la plus précise ce qui m'arrive ?
Imagine des fourmillements dans les bras, les genoux, les mains, parfois sur les flancs. Imagine des petits cristaux charriés par mon sang, la matérialisation de mon pouvoir. Imagine parfois la douleur lorsque les cristaux emportent avec eux toutes les mauvaises énergies pour me purifier.
Imagine aussi comment mes mains chauffent, brûlent ou deviennent parfois gelées lorsque je concentre l'énergie de ces cristaux pour soigner ou pourfendre ceux qui sont marqués par le mal.
Les derniers jours n'ont pas été tristes, mon oncle.
Nous avons rencontrés une créature des bois, une sorte de pixie, je crois, qui nous a aidé à nous débarrassé de nouveaux agresseurs (dont des satyres, ce qui a permis à Rayan, une fois ces derniers défaits de pouvoir récupérer une flute de Pan).
Nous avons évité de tuer un ours sanguinaire.
Nous avons été emmené devant un conseil de druides qui nous ont narré leurs inquiétudes en ce qui concerne le camp elfe. Les choses débordent vraiment et le coeur des elfes a réellement été corrompu par le mal. La nature de ce mal m'est pour l'instant inconnue, mais je ne doute pas que quelques sombres espions du malin aient su travailler de l'intérieur pour transformer les elfes et dessécher leur âme.
Il y avait parmi le conseil un des gens des Sang-de-Lune. Il m'a dit à quel point la nature de l'Ours pouvait être en chaque membre du clan.
Et nous avons décidé de nous reposer un peu.
Pendant le séjour, chez les druide, cela dit, mon oncle, mes objectifs sont assez variés :
- En apprendre plus sur ce que c'est de venir des bois (à l'origine, si tu te souviens bien, je me tâtais à suivre quatre voies : moine, paladin, druide et mage). Je n'ai vraiment pas la sensation d'être une créature des bois, vois-tu. La seule chose qui me connecte à l'univers des druides, c'est l'ours en moi. Et je me demande si c'est bien juste, si on ne m'a pas volé le rapport que j'aurais dû entretenir avec la nature.
Peut-être que tous ces picotements, ces douleurs, cette énergie qui circule a quelque chose à voir avec l'éveil d'un pouvoir dans les bois, je ne sais pas.
- Poser des questions sur ma mère. Je sais que mon père était paladin demi-elfe demi-tribu de l'ours, mais ma mère, celle qui vint un jour et qui repartit, est-ce que certains l'ont connue ? Est-ce qu'ils sauraient me dire qui elle était. Quel était son visage... Tu n'as jamais su répondre à ces questions, étrangement, comme si tu ne l'avais jamais vue.
- Répondre à l'appel du métal et de la création. Ces picotements, cette énergie, c'est peut-être tout simplement la magie qui bouillonne en moi et qui ne demande qu'à s'exprimer. Je vais demander aux druides si je peux avoir accès à une possibilité de feu magique pour tenter de réaliser un diadème ou une couronne un peu solaire pour Garresh, une serpe pour Silaque, un long couteau elfique pour Sélestiel, un petit dragon gravé pour Swify et une lame de meilleure qualité pour inciter Rayan à aller de temps en temps au contact.
Si j'ai le temps, j'aimerais bien avoir la possibilité de me forger la même arme qu'utilise Tyr, l'épée longue.
Tu vois, mon oncle, plus le temps passe, plus je regrettais de ne pas avoir assez de temps pour pratiquer le chant, la poésie ou la danse. Plus je découvre en fait que j'ai besoin de créer, de transformer, de comprendre le processus de création de quelque chose qui pourrait acquérir une légende ou de la magie. Peut-être parce que je suis une création moi aussi.
Les nuits sont douces, les arbres sont protecteurs, nul ombre ne vient peser sur nous, c'est la première fois depuis que j'ai rencontré mes compagnons que je me sens en sécurité. Je comprends pourquoi les druides protègent la forêt. Les arbres sont la cathédrale du vivant, mon oncle. Aucun édifice construit par l'homme ou même par la magie ne saurait égaler la beauté, la majesté et le fluide qui baignent les forêts primaires et pures.
Je dois te laisser mon oncle, les bruits et les échos de la forge résonnent déjà en moi, ma main me démange, mes genoux flagellent un peu sous la douleur de cette vague d'énergie que je ressens en moi et qui ne demande qu'à s'exprimer pour m'aider à devenir un homme plus grand encore.
mercredi 7 avril 2010
L'encre du sang
Ah mon oncle, encore une fois, dans les flammes, s'envolent les pensées.
Encore une fois, dans les cendres, s'inscrivent les vers récités.
Mais qui est donc cet Ashkor qui fit alliance avec les elfes voici une centaine d'années ?
Ce dragon, allié du seigneur Zorkin, maître des ténèbres ?
Nous avons trouvé des informations sur un lieu où il pourrait résider grâce à un dragon, alliés des nains et du roi Thorfin... Un beau dragon régnant sur un territoire de glace et laissant totalement en transe Swify le petit kobbold qui nous a rejoint. En transe, oui mon oncle. J'ai eu pas mal l'occasion de parler de lui du processus de la transformation, il semble penser qu'un jour il sera un dragon. En ceci, nous nous rejoignons lui et moi et j'ai décidé de l'accompagner, le soir, dans ses prières adressées à Bahamuth, le seigneur de tous les dragons.
Pourquoi l'accompagner, pourquoi le processus de transformation ?
J'ai trouvé des écrits de Yordan Sang de Lune, mon père. Le fruit de quinze années d'analyse et d'études sur sa condition de demi elfe et de changeur de peau, un processus de réflexion très poussé qui l'a amené à considérer que son don pour se changer en Ours était lié à la foi qu'il éprouvait pour Tyr et que cela semblait, de fait, une sorte de rétribution ou de bénédiction du Dieu manchot.
La sagesse est la voie de l'illumination. Il n'est pas forcément nécessaire que je devienne prêtre, mon statut de paladin semble suffisant pour cela. Mais c'est une quête qui peut prendre des mois ou des années, selon le cours des événements...
Très intéressant. C'est la récompense que j'ai demandée au roi du clan nain pour les avoir aidés : d'avoir une copie du carnet de mon père, trouvé dans leur bibliothèque. Ils m'ont offert gracieusement l'original.
Silaque, elle n'a rien demandé. Célestiel a demandé de parler à un dragon, ce qui fut fait. Swify, lui, a désiré un service dans le futur. Rayan, lui, je crois qu'il s'agissait plutôt de pouvoir se protéger contre l'acide. Quant à Garresh, il a plaidé pour la cause des ogres que nous avions sauvés du village des nains gris. Sur les sept ogres qui furent sauvés, deux se sont donnés la mort après avoir entendu les propositions de Garresh, un a préféré rester en prison et quatre ont accepté d'être éduqués par le seigneur Varrasq.
Ils sont restés maîtres de leur destin. Tout ce que désirait Garresh. Mais le vent se lève, mon oncle, les cendres sont si vite dispersées. Je te laisse quelques instants, avant de reprendre mes écrits, lorsqu'il sera mon tour de veiller sur notre petite bande d'aventuriers.
Je me réveille. Et tu sais quoi ?
Si je suis une aberration, de quoi sont fait mes songes ?
Si les part d'ange, d'elfe et de démon qu'il y a en moi n'ont pas besoin de repos, que font-elles pendant que la part d'humain et d'ours en moi tente de découvrir son futur ?
Je continue à frissonner en songeant à ce que je suis mon oncle. Mais que veux-tu... Peut-être "qu'aberration" n'est qu'un terme désignant un état magique et non pas une condition humaine en ce qui me concerne... Car si le quart de mon sang est elfe, de combien de sang de démon ou d'ange sont constitués les aasimars et les tieffelins. Même pas 2 % je suppose. Ce qui me laisse trois quart de sang humain. Ce qui me laisse me poser des questions sur le statut de cette femme que mon père a aimé.
Peut-être était-elle autre chose qu'une demi aasimar-tieffeline. Peut-être, oui.
Peut-être était-elle une récompense envoyée à mon père par Tyr, une récompense du même genre que sa compréhension de sa nature de métamorphe.
Mais passons, mon oncle, passons, je m'égare.
Je regarde swify, quelqu'un qui est sans doute appelé à un grand destin si ses aspirations se concrétisent. Et je songe que d'une certaine manière, il est peut-être plus proche de moi encore que Garresh.
Je regarde mes autres compagnons.
Rayan, je ne le cerne pas. Il a encore plus embrassé sa nature depuis qu'il est mort et qu'il est revenu sous la forme d'un satyre. C'est un compagnon fidèle mais je ne suis pas certain de sa loyauté indéfectible sur tous les sujets, quelque chose que j'aurais eu tendance à exiger d'un personnage comme lui alors que mes autres compagnons ne manifestent pas forcément également ce trait de caractère. Je crains également qu'il ne se sente un peu meurtri de ne pas être aussi efficace que d'autres en combat.
Célestiel, je lui ai dit voici deux jours qu'il n'avait pas à s'en faire pour Selaque. Je la lui "laissais". Je vois bien qu'il semble amoureux. Je vois aussi que Rayan semble sous le charme, mais c'est d'une autre nature, moins chaste, à mon avis. Célestiel a quelques problèmes de tempérance. Célestiel n'a pas de problèmes pour faire la guerre ou sa mission, par contre. De nous tous, c'est lui qui a tué le plus d'elfes. Et d'humains. Son cimeterre tueur d'humains a fait des ravages lors du dernier combat.
Garresh a une quête avec ses ogres. Bon, je lui souhaite de ne pas être victime de désillusions. Il y a quand même malgré tout une énorme empreinte du mal sur la race des ogres et des ogres mages. Il ne pourra que sauver les plus forts. Sauver la race des griffes des ténèbres est une quête qui relèverait à mon avis du niveau épique ou divin. Bien loin de ce que nous sommes.
Selaque, elle, bon... Elle a un problème, c'est sûr. Elle est sérieusement paumée. Avoir perdu rapidement deux compagnons animaux ne l'a pas aidée. Nous avons pu assister il y a quelques heures à une sorte de rite de contrition de notre druidesse en face de loups inquiets de la voir se trainer les fantômes de ses compagnons défunts. J'aimerais bien en apprendre plus sur la nature avec elle, mais c'est la nature humaine que je dois avant tout comprendre et essayer d'exploiter les qualités de chacun au mieux de leurs possibilités pour que le groupe fonctionne. Un peu comme si j'étais le ciment. Je crois avoir compris qu'elle avait été un peu perturbée par ma manière de manipuler Célestiel pour qu'il la suive dans la caverne du dragon de glace. Elle est totalement étrangère aux subtilités de la conversation ou de l'intrigue. J'espère qu'elle ne perdra pas son innocence mais que sa sagesse saura lui apprendre à un peu mieux connaitre le coeur des hommes.
Une poignée de terre dans ma main. Elle s'écoule comme les derniers jours qui viennent de se passer.
Je revois la montagne qui s'éloigne, la forêt et la cité qui se rapproche.
Je revois l'attaque de ces cavaliers sur des licornes noires. Il n'a pas été simple d'en garder un vivant ainsi qu'une de ces créatures. Mes compagnons n'ont pas mes scrupules en ce qui concerne le fait d'ôter la vie.
Je revois le prisonnier nous dire à quel point les elfes causent du tort à la cité qu'il défend depuis près d'un siècle. Une cité où des représentants du Thay ont été accueilli à bras ouverts. Le chef de cette cité a vraiment une dent contre les elfes et il en est réduit au point d'accepter des cultes ou des Eglises pas franchement saintes dans sa cité.
Je me revois comprendre avec Rayan qui m'avait accompagné dans la cité pendant que nos compagnons veillaient sur le prisonnier et la licorne noire survivante à quel point les choses ne sont pas simples. Ce n'est pas blanc ou noir. Les gens désespérés ont pris des mesures désespérées.
Les elfes sont l'ennemi pour eux et il n'était pas grand-chose que je pouvais faire à ce sujet.
Je revois la licorne invoquée par Selaque lui dire que non, la licorne noire ne pouvait être sauvée.
Je nous revois prendre notre chemin vers la forêt où sont les elfes et je revois les gardiens de cette forêt, les loups reprochant à Selaque la perte de ses compagnons.
Et je suis encore plus perdu.
Comment, pendant près d'un siècle, les gens peuvent se faire manipuler ?
Et je réfléchis un peu et je me dis :
Comment, pendant des millénaires et des millénaires, des peuples ou des races peuvent-ils rester sous le jougs du mal et de la terreur ?
Demain, nous pénétrerons dans une forêt habitée par de nombreux esprits ancestraux et sans doute des elfes dont le coeur ne cesse de saigner.
Selaque prendra certainement plus d'assurance car c'est elle, de nous tous, qui est la plus à l'aise dans la nature.
Demain, j'aurai certainement d'autres choses à te raconter, mon oncle.
Et tu sais quoi ?
Demain, j'essaierai de faire en sorte d'appliquer une des meilleures leçons de vie que tu m'aies donnée : que ça soit un jour encore meilleur que la veille.
Encore une fois, dans les cendres, s'inscrivent les vers récités.
Mais qui est donc cet Ashkor qui fit alliance avec les elfes voici une centaine d'années ?
Ce dragon, allié du seigneur Zorkin, maître des ténèbres ?
Nous avons trouvé des informations sur un lieu où il pourrait résider grâce à un dragon, alliés des nains et du roi Thorfin... Un beau dragon régnant sur un territoire de glace et laissant totalement en transe Swify le petit kobbold qui nous a rejoint. En transe, oui mon oncle. J'ai eu pas mal l'occasion de parler de lui du processus de la transformation, il semble penser qu'un jour il sera un dragon. En ceci, nous nous rejoignons lui et moi et j'ai décidé de l'accompagner, le soir, dans ses prières adressées à Bahamuth, le seigneur de tous les dragons.
Pourquoi l'accompagner, pourquoi le processus de transformation ?
J'ai trouvé des écrits de Yordan Sang de Lune, mon père. Le fruit de quinze années d'analyse et d'études sur sa condition de demi elfe et de changeur de peau, un processus de réflexion très poussé qui l'a amené à considérer que son don pour se changer en Ours était lié à la foi qu'il éprouvait pour Tyr et que cela semblait, de fait, une sorte de rétribution ou de bénédiction du Dieu manchot.
La sagesse est la voie de l'illumination. Il n'est pas forcément nécessaire que je devienne prêtre, mon statut de paladin semble suffisant pour cela. Mais c'est une quête qui peut prendre des mois ou des années, selon le cours des événements...
Très intéressant. C'est la récompense que j'ai demandée au roi du clan nain pour les avoir aidés : d'avoir une copie du carnet de mon père, trouvé dans leur bibliothèque. Ils m'ont offert gracieusement l'original.
Silaque, elle n'a rien demandé. Célestiel a demandé de parler à un dragon, ce qui fut fait. Swify, lui, a désiré un service dans le futur. Rayan, lui, je crois qu'il s'agissait plutôt de pouvoir se protéger contre l'acide. Quant à Garresh, il a plaidé pour la cause des ogres que nous avions sauvés du village des nains gris. Sur les sept ogres qui furent sauvés, deux se sont donnés la mort après avoir entendu les propositions de Garresh, un a préféré rester en prison et quatre ont accepté d'être éduqués par le seigneur Varrasq.
Ils sont restés maîtres de leur destin. Tout ce que désirait Garresh. Mais le vent se lève, mon oncle, les cendres sont si vite dispersées. Je te laisse quelques instants, avant de reprendre mes écrits, lorsqu'il sera mon tour de veiller sur notre petite bande d'aventuriers.
Je me réveille. Et tu sais quoi ?
Si je suis une aberration, de quoi sont fait mes songes ?
Si les part d'ange, d'elfe et de démon qu'il y a en moi n'ont pas besoin de repos, que font-elles pendant que la part d'humain et d'ours en moi tente de découvrir son futur ?
Je continue à frissonner en songeant à ce que je suis mon oncle. Mais que veux-tu... Peut-être "qu'aberration" n'est qu'un terme désignant un état magique et non pas une condition humaine en ce qui me concerne... Car si le quart de mon sang est elfe, de combien de sang de démon ou d'ange sont constitués les aasimars et les tieffelins. Même pas 2 % je suppose. Ce qui me laisse trois quart de sang humain. Ce qui me laisse me poser des questions sur le statut de cette femme que mon père a aimé.
Peut-être était-elle autre chose qu'une demi aasimar-tieffeline. Peut-être, oui.
Peut-être était-elle une récompense envoyée à mon père par Tyr, une récompense du même genre que sa compréhension de sa nature de métamorphe.
Mais passons, mon oncle, passons, je m'égare.
Je regarde swify, quelqu'un qui est sans doute appelé à un grand destin si ses aspirations se concrétisent. Et je songe que d'une certaine manière, il est peut-être plus proche de moi encore que Garresh.
Je regarde mes autres compagnons.
Rayan, je ne le cerne pas. Il a encore plus embrassé sa nature depuis qu'il est mort et qu'il est revenu sous la forme d'un satyre. C'est un compagnon fidèle mais je ne suis pas certain de sa loyauté indéfectible sur tous les sujets, quelque chose que j'aurais eu tendance à exiger d'un personnage comme lui alors que mes autres compagnons ne manifestent pas forcément également ce trait de caractère. Je crains également qu'il ne se sente un peu meurtri de ne pas être aussi efficace que d'autres en combat.
Célestiel, je lui ai dit voici deux jours qu'il n'avait pas à s'en faire pour Selaque. Je la lui "laissais". Je vois bien qu'il semble amoureux. Je vois aussi que Rayan semble sous le charme, mais c'est d'une autre nature, moins chaste, à mon avis. Célestiel a quelques problèmes de tempérance. Célestiel n'a pas de problèmes pour faire la guerre ou sa mission, par contre. De nous tous, c'est lui qui a tué le plus d'elfes. Et d'humains. Son cimeterre tueur d'humains a fait des ravages lors du dernier combat.
Garresh a une quête avec ses ogres. Bon, je lui souhaite de ne pas être victime de désillusions. Il y a quand même malgré tout une énorme empreinte du mal sur la race des ogres et des ogres mages. Il ne pourra que sauver les plus forts. Sauver la race des griffes des ténèbres est une quête qui relèverait à mon avis du niveau épique ou divin. Bien loin de ce que nous sommes.
Selaque, elle, bon... Elle a un problème, c'est sûr. Elle est sérieusement paumée. Avoir perdu rapidement deux compagnons animaux ne l'a pas aidée. Nous avons pu assister il y a quelques heures à une sorte de rite de contrition de notre druidesse en face de loups inquiets de la voir se trainer les fantômes de ses compagnons défunts. J'aimerais bien en apprendre plus sur la nature avec elle, mais c'est la nature humaine que je dois avant tout comprendre et essayer d'exploiter les qualités de chacun au mieux de leurs possibilités pour que le groupe fonctionne. Un peu comme si j'étais le ciment. Je crois avoir compris qu'elle avait été un peu perturbée par ma manière de manipuler Célestiel pour qu'il la suive dans la caverne du dragon de glace. Elle est totalement étrangère aux subtilités de la conversation ou de l'intrigue. J'espère qu'elle ne perdra pas son innocence mais que sa sagesse saura lui apprendre à un peu mieux connaitre le coeur des hommes.
Une poignée de terre dans ma main. Elle s'écoule comme les derniers jours qui viennent de se passer.
Je revois la montagne qui s'éloigne, la forêt et la cité qui se rapproche.
Je revois l'attaque de ces cavaliers sur des licornes noires. Il n'a pas été simple d'en garder un vivant ainsi qu'une de ces créatures. Mes compagnons n'ont pas mes scrupules en ce qui concerne le fait d'ôter la vie.
Je revois le prisonnier nous dire à quel point les elfes causent du tort à la cité qu'il défend depuis près d'un siècle. Une cité où des représentants du Thay ont été accueilli à bras ouverts. Le chef de cette cité a vraiment une dent contre les elfes et il en est réduit au point d'accepter des cultes ou des Eglises pas franchement saintes dans sa cité.
Je me revois comprendre avec Rayan qui m'avait accompagné dans la cité pendant que nos compagnons veillaient sur le prisonnier et la licorne noire survivante à quel point les choses ne sont pas simples. Ce n'est pas blanc ou noir. Les gens désespérés ont pris des mesures désespérées.
Les elfes sont l'ennemi pour eux et il n'était pas grand-chose que je pouvais faire à ce sujet.
Je revois la licorne invoquée par Selaque lui dire que non, la licorne noire ne pouvait être sauvée.
Je nous revois prendre notre chemin vers la forêt où sont les elfes et je revois les gardiens de cette forêt, les loups reprochant à Selaque la perte de ses compagnons.
Et je suis encore plus perdu.
Comment, pendant près d'un siècle, les gens peuvent se faire manipuler ?
Et je réfléchis un peu et je me dis :
Comment, pendant des millénaires et des millénaires, des peuples ou des races peuvent-ils rester sous le jougs du mal et de la terreur ?
Demain, nous pénétrerons dans une forêt habitée par de nombreux esprits ancestraux et sans doute des elfes dont le coeur ne cesse de saigner.
Selaque prendra certainement plus d'assurance car c'est elle, de nous tous, qui est la plus à l'aise dans la nature.
Demain, j'aurai certainement d'autres choses à te raconter, mon oncle.
Et tu sais quoi ?
Demain, j'essaierai de faire en sorte d'appliquer une des meilleures leçons de vie que tu m'aies donnée : que ça soit un jour encore meilleur que la veille.
vendredi 26 mars 2010
Dans les ombres règnent d'autres ombres.
Savais-tu, mon oncle, que lorsque je brûle ces messages que je t'envoie, j'ai parfois des signes, j'ai parfois des visions. Je me vois, dans le futur, dans cette cité en forme d'anneau, dans cette auberge, me retournant sur mon passé et les choix que j'ai faits.
Est-ce en partie dû à ma nature ?
J'ai appris depuis peu que ma nature n'était pas, pour le commun des mortels, celle d'un humanoïde, mon oncle.
Non, je suis considéré comme une "aberration", tu entends ? Une aberration...
Et là, je te demande...
Qu'est-ce que cela implique pour les ombres qui règnent dans mes ombres ?
Comment puis-je faire la lumière en moi alors que ce mot semble entâché de l'empreinte des ténèbres ?
Je ne suis pas un spécialiste des choses et des créatures.
Je n'ai pas suivi quatre voies. Celle de la prêtrise et de la magie me manquent pour être complet, pour être en harmonie avec tout ce qui fait mes origines.
Des origines que j'ai pu un peu tracées la dernière fois.
Nous sommes descendus dans les ténèbres, nous sommes descendus dans les enfers des profondeurs où mon grand-père descendit pour repousser les engeances vomies par les boyaux de la terre.
Nous avons rencontrés des nains. Sept nains. Deux d'entre-eux se détachaient du lot. L'un s'appelait Krak. Un solide guerrier, capable d'être très discret.
Leur chef s'appelait Mordar Brise-Crânes. Plusieurs d'entre-eux servaient Amseth, un dieu nain liés aux domaines de la guerre, de l'alcool, de la force et des voyages.
Leur roi s'appelait Torel, fils de Bofin, de la famille des Brise-Crânes.
Mais pourquoi est-ce que je te parle d'eux au passé ? Ils sont toujours vivants. Ils sont toujours en lutte contre certains de leurs voisins des profondeurs.
En fait, ils nous ont remercié pour avoir détruit l'engeance qui régnait en surface, l'elfe-araignée, ils se sont méfiés un peu de nous parce qu'on était avec un ogre, une créature qu'ils combattent car elle est souvent esclave de tribus de duergars. Ils nous ont invités à célébrer leur dieux joyeux au cours d'un repas arrosé pendant que Garresh faisait plus ou moins contrition le temps de rencontrer le roi.
Le roi nous a reconnus en tant qu'aventuriers, même Garresh. Et il s'est fendu de nous donner une mission : passer par derrière lors d'une attaque dirigée sur une cité de duergars.
Ce que nous avons faits. Nous n'étions pas accompagnés dans les profondeurs par Célestiel du fait d'une animosité assez réciproque entre les elfes et les nains. Une animosité qui m'échappe. Le combat fut donc différent. J'ai opté pour une technique qui me semble parfaitement évidente en temps de conflit et pour limiter des pertes inutiles : tuer le chef, faire peur aux suivants en exposant la tête du premier. L'ogre mage qui dirigeait les ogres esclaves de la cité se sont très vite rendus quand ils m'ont vu exposer la tête de leur chef.
Je n'ai pas vraiment eu le temps de réfléchir au fait que je venais de tuer seulement pour la deuxième fois depuis que je me suis mis en aventure. Tuer une personne pour éviter un carnage, c'est ce que j'avais trouvé de plus juste, même possédé par l'ours.
Ah mon oncle, je m'aperçois que je ne te raconte certainement pas tout ce qui nous est arrivé. Le voyage dans les profondeurs, la découverte d'une magnifique cité forgée par des experts des profondeurs, les recherches dans une bibliothèque au sujet de ce qui m'est arrivé à Célestiel, Silaque et moi ou des exploits que mon grand-père put accomplir.
Je ne t'ai pas parlé de notre ennemi, ce tyrannoeil qui attend dans les profondeurs qu'un jour, peut-être nous revenions vers lui.
Je n'ai pas exprimé mes doutes concernant le futur. Est-ce que je suis la bonne voie ?
Je crois que oui, j'essaie de me verser de plus en plus dans les arts de la diplomatie. Avec le temps, tu sais aussi qu'on renforce une partie de sa personnalité ou de son corps... J'ai choisi la sphère sociale. Mais je doute que mes talents sociaux pourront me servir tout le temps. Je ne suis pas certain de pouvoir toujours tempérer tous ceux de mon groupe, il faut dire que certains n'ont pas reçu mes talents pour garder mon calme.
Ceci dit, mon oncle, de quoi serait faite la vie si tout était certitude, si on avait pas de doute ? Hein ?
J'espère encore une fois que ces mots par delà la lumière et les cendres te parviendront où que tu te tiennes, même dans cette cité, loin là-bas, en forme d'anneau qui vibre au milieu de tout ce qui se rencontre dans les plans.
Dans les ombres règnent d'autres ombres. J'en suis peut-être une. Mais qui a dit qu'une ombre était forcément quelque chose lié aux enfers et au mal.
Certains des plus beaux poèmes ont été inspiré par les lumières et les ombres projetées par la Lune...
Et c'est dans l'ombre qu'on apprend aussi à connaître ses démons et à mieux les vaincre pour se mettre en lumière.
A la prochaine fois, mon oncle...
Est-ce en partie dû à ma nature ?
J'ai appris depuis peu que ma nature n'était pas, pour le commun des mortels, celle d'un humanoïde, mon oncle.
Non, je suis considéré comme une "aberration", tu entends ? Une aberration...
Et là, je te demande...
Qu'est-ce que cela implique pour les ombres qui règnent dans mes ombres ?
Comment puis-je faire la lumière en moi alors que ce mot semble entâché de l'empreinte des ténèbres ?
Je ne suis pas un spécialiste des choses et des créatures.
Je n'ai pas suivi quatre voies. Celle de la prêtrise et de la magie me manquent pour être complet, pour être en harmonie avec tout ce qui fait mes origines.
Des origines que j'ai pu un peu tracées la dernière fois.
Nous sommes descendus dans les ténèbres, nous sommes descendus dans les enfers des profondeurs où mon grand-père descendit pour repousser les engeances vomies par les boyaux de la terre.
Nous avons rencontrés des nains. Sept nains. Deux d'entre-eux se détachaient du lot. L'un s'appelait Krak. Un solide guerrier, capable d'être très discret.
Leur chef s'appelait Mordar Brise-Crânes. Plusieurs d'entre-eux servaient Amseth, un dieu nain liés aux domaines de la guerre, de l'alcool, de la force et des voyages.
Leur roi s'appelait Torel, fils de Bofin, de la famille des Brise-Crânes.
Mais pourquoi est-ce que je te parle d'eux au passé ? Ils sont toujours vivants. Ils sont toujours en lutte contre certains de leurs voisins des profondeurs.
En fait, ils nous ont remercié pour avoir détruit l'engeance qui régnait en surface, l'elfe-araignée, ils se sont méfiés un peu de nous parce qu'on était avec un ogre, une créature qu'ils combattent car elle est souvent esclave de tribus de duergars. Ils nous ont invités à célébrer leur dieux joyeux au cours d'un repas arrosé pendant que Garresh faisait plus ou moins contrition le temps de rencontrer le roi.
Le roi nous a reconnus en tant qu'aventuriers, même Garresh. Et il s'est fendu de nous donner une mission : passer par derrière lors d'une attaque dirigée sur une cité de duergars.
Ce que nous avons faits. Nous n'étions pas accompagnés dans les profondeurs par Célestiel du fait d'une animosité assez réciproque entre les elfes et les nains. Une animosité qui m'échappe. Le combat fut donc différent. J'ai opté pour une technique qui me semble parfaitement évidente en temps de conflit et pour limiter des pertes inutiles : tuer le chef, faire peur aux suivants en exposant la tête du premier. L'ogre mage qui dirigeait les ogres esclaves de la cité se sont très vite rendus quand ils m'ont vu exposer la tête de leur chef.
Je n'ai pas vraiment eu le temps de réfléchir au fait que je venais de tuer seulement pour la deuxième fois depuis que je me suis mis en aventure. Tuer une personne pour éviter un carnage, c'est ce que j'avais trouvé de plus juste, même possédé par l'ours.
Ah mon oncle, je m'aperçois que je ne te raconte certainement pas tout ce qui nous est arrivé. Le voyage dans les profondeurs, la découverte d'une magnifique cité forgée par des experts des profondeurs, les recherches dans une bibliothèque au sujet de ce qui m'est arrivé à Célestiel, Silaque et moi ou des exploits que mon grand-père put accomplir.
Je ne t'ai pas parlé de notre ennemi, ce tyrannoeil qui attend dans les profondeurs qu'un jour, peut-être nous revenions vers lui.
Je n'ai pas exprimé mes doutes concernant le futur. Est-ce que je suis la bonne voie ?
Je crois que oui, j'essaie de me verser de plus en plus dans les arts de la diplomatie. Avec le temps, tu sais aussi qu'on renforce une partie de sa personnalité ou de son corps... J'ai choisi la sphère sociale. Mais je doute que mes talents sociaux pourront me servir tout le temps. Je ne suis pas certain de pouvoir toujours tempérer tous ceux de mon groupe, il faut dire que certains n'ont pas reçu mes talents pour garder mon calme.
Ceci dit, mon oncle, de quoi serait faite la vie si tout était certitude, si on avait pas de doute ? Hein ?
J'espère encore une fois que ces mots par delà la lumière et les cendres te parviendront où que tu te tiennes, même dans cette cité, loin là-bas, en forme d'anneau qui vibre au milieu de tout ce qui se rencontre dans les plans.
Dans les ombres règnent d'autres ombres. J'en suis peut-être une. Mais qui a dit qu'une ombre était forcément quelque chose lié aux enfers et au mal.
Certains des plus beaux poèmes ont été inspiré par les lumières et les ombres projetées par la Lune...
Et c'est dans l'ombre qu'on apprend aussi à connaître ses démons et à mieux les vaincre pour se mettre en lumière.
A la prochaine fois, mon oncle...
jeudi 25 février 2010
Dans la forêt profonde...
Tu sais mon oncle, parfois je prends peur.
Pas peur pour moi.
Peur pour ce qui est, pour la grande toile du Destin.
Après la disparition de l'un des nôtres, nous avons eu l'occasion d'embaucher un magicien. Notre mentor est généreux en la question.
Très généreux.
Mais comment dire, après avoir demandé à mes compagnons qui ils préféraient engager, j'ai choisi la voie de la raison en prenant celui qui était le plus cité : un kobbold.*
Cela ne fait pas vraiment pour que notre équipe soit discrète.
Mais un magicien est bien ce dont nous manquions dans notre équipe. Il nous permettra de démêler le vrai du faux... Enfin, je l'espère. Parce que vois-tu, nous sommes très loin d'être au bout de nos peines.
Après avoir accepté ce magicien dans nos rangs - il répond au doux nom de Swifty, nous avons décidé de continuer notre mission.
Là, en nous enfonçant dans les bois, nous avons été attaqué par des elfes et un centaure. Je te passe les détails, mais disons que j'ai essayé d'oeuvrer en tant que paladin, en négociant après que l'un d'entre-nous ait pris une flèche. En négociant. J'ai pris 6 flèches dans le buffet, tueuses d'aberrations qui plus est. Ce que je semble être mon oncle. Une aberration, même pas quelque chose qui serait humanoïde, tu entends ?
6 flèches dans le buffet pour être sauvé par notre prêtre avant de me transformer pour participer au combat.
Nous avons appris du centaure que nous avons capturés qu'il possédait des objets maudits sur lui capables de transformer les gens, ce qui est peut-être arrivé aux elfes. Nous avons aussi découvert que son maître s'appelait Zorkin, et que c'était un beholder. Une créature des profondeurs que peu des membres de notre groupe peuvent encore oser approcher.
Mais bref... Une fois l'elfe et le centaure livrés à Vargas, nous avons repris notre exploration.
Oui. Pas forcément de bon coeur. Juste avec le sens sévère de la justice et de découvrir ce qui est.
Et là, nous sommes tombés dans une sorte de piège où une créature s'est fait passer pour un ancien serviteur de Célestiel. Une créature qui commandait aux araignées et qui maîtrisait très bien la magie. Le combat fut particulièrement rude pour moi car j'ai décidé cette fois-ci de ne pas me transformer en cas qu'il y ait une autre rencontre dans la même journée.
C'est au cours de ce combat que j'ai vu à quel point prêtre, druide et magicien faisaient la force de frappe du groupe quand le guerrier pouvaient contenir le monstre. C'est au cours de ce combat que j'ai compris qu'il me faudrait trouver un moyen d'avoir ma place dans ce groupe. Je songe à la position de leader pour ce qui concerne le fait de traiter avec les gens et de négocier avant de frapper. J'ai déjà pu faire convenir d'un signal au reste du groupe : quiproquo.
On doit chacun tirer parti de ses forces et de ses faiblesses que veux-tu.
Je regarde les flammes qui s'envolent et qui emportent les morceaux de ce message dans le ciel.
J'espère qu'il te parviendra. Comme toujours...
Pas peur pour moi.
Peur pour ce qui est, pour la grande toile du Destin.
Après la disparition de l'un des nôtres, nous avons eu l'occasion d'embaucher un magicien. Notre mentor est généreux en la question.
Très généreux.
Mais comment dire, après avoir demandé à mes compagnons qui ils préféraient engager, j'ai choisi la voie de la raison en prenant celui qui était le plus cité : un kobbold.*
Cela ne fait pas vraiment pour que notre équipe soit discrète.
Mais un magicien est bien ce dont nous manquions dans notre équipe. Il nous permettra de démêler le vrai du faux... Enfin, je l'espère. Parce que vois-tu, nous sommes très loin d'être au bout de nos peines.
Après avoir accepté ce magicien dans nos rangs - il répond au doux nom de Swifty, nous avons décidé de continuer notre mission.
Là, en nous enfonçant dans les bois, nous avons été attaqué par des elfes et un centaure. Je te passe les détails, mais disons que j'ai essayé d'oeuvrer en tant que paladin, en négociant après que l'un d'entre-nous ait pris une flèche. En négociant. J'ai pris 6 flèches dans le buffet, tueuses d'aberrations qui plus est. Ce que je semble être mon oncle. Une aberration, même pas quelque chose qui serait humanoïde, tu entends ?
6 flèches dans le buffet pour être sauvé par notre prêtre avant de me transformer pour participer au combat.
Nous avons appris du centaure que nous avons capturés qu'il possédait des objets maudits sur lui capables de transformer les gens, ce qui est peut-être arrivé aux elfes. Nous avons aussi découvert que son maître s'appelait Zorkin, et que c'était un beholder. Une créature des profondeurs que peu des membres de notre groupe peuvent encore oser approcher.
Mais bref... Une fois l'elfe et le centaure livrés à Vargas, nous avons repris notre exploration.
Oui. Pas forcément de bon coeur. Juste avec le sens sévère de la justice et de découvrir ce qui est.
Et là, nous sommes tombés dans une sorte de piège où une créature s'est fait passer pour un ancien serviteur de Célestiel. Une créature qui commandait aux araignées et qui maîtrisait très bien la magie. Le combat fut particulièrement rude pour moi car j'ai décidé cette fois-ci de ne pas me transformer en cas qu'il y ait une autre rencontre dans la même journée.
C'est au cours de ce combat que j'ai vu à quel point prêtre, druide et magicien faisaient la force de frappe du groupe quand le guerrier pouvaient contenir le monstre. C'est au cours de ce combat que j'ai compris qu'il me faudrait trouver un moyen d'avoir ma place dans ce groupe. Je songe à la position de leader pour ce qui concerne le fait de traiter avec les gens et de négocier avant de frapper. J'ai déjà pu faire convenir d'un signal au reste du groupe : quiproquo.
On doit chacun tirer parti de ses forces et de ses faiblesses que veux-tu.
Je regarde les flammes qui s'envolent et qui emportent les morceaux de ce message dans le ciel.
J'espère qu'il te parviendra. Comme toujours...
vendredi 15 janvier 2010
Gladiateur
Tu vois, mon oncle, il est des choses qui me dépassent.
Et il en est d'autres, si simples, si faciles depuis que je suis devenu la lumière.
La lumière, entends-tu. Tout est devenu si simple depuis que j'ai reçu des visions au temple..
J'avais l'intention de suivre quatre voies, d'équilibrer chacune de mes sources. Mais si je sais à peu près que la mère de mon père était une elfe, je n'ai toujours pas suivi la voie de la magie.
Si je me doute que mon père était un paladin, je n'ai rien pris du chemin de son père, un guerrier / ranger de l'Ours...
Et en ce qui concerne ma mère, hein, ma mère. Quelles voies suivait-elle ? Est-ce d'elle que je tiens cet appel de la forêt et la rigoureuse disicipline du moine ?
Tout est devenu si simple et tout est à la fois si compliqué. Pourquoi ces choix ? L'homme qui me regarde, là-bas, dans la cité entre les plans, lui, le sait.
Tyr, le Dieu que j'ai rejoint, lui, le sait.
Moi, je sais aussi que ma course est juste vers la voie de l'exaltation. Et j'ai ressenti, mon oncle, un frisson comme jamais à voir enfin triompher la justice lorsque nous avons pu faire libérer Selaque. Oui, elle est libre... Ca n'a pas été sans mal. Nous avons dû accepter de combattre dans une arène pour le chef de la guilde des voleurs du crû. Un individu qui m'avait déjà aperçu dans le passé que j'ai oublié.
Un combat rude, dans le sens où dominé par le chef de la guilde j'étais pris du besoin impérieux de frapper un de mes compagnons pour le mettre au sol. Heureusement que ce besoin ne m'a pris qu'après qu'un de nos trois adversaires (un ours sanguinaire, un ogre et une succube) n'ait été mis à terre. Heureusement qu'il me restait assez de libre arbitre pour choisir mon adversaire. J'ai choisi celui que j'aurais le plus de mal à faire tomber et de fait, emporté alors par la nécessité de faire tomber un de ceux de mon camp, je me suis pris à attaquer ceux qui s'approchaient de moi. Heureusement qu'une zone de protection contre le mal lancé par Garresh a mis fin au sortilège extrêmement puissant invoqué par ce chef de guilde.
Le mal, il respirait le mal. Mais pas moyen de faire autrement que de passer un marché avec lui. Ce qui nous a permis aussi d'apprendre que le prêtre de Kossuth avait peut-être ourdi le plan qui avait permis d'enfermer Selaque.
Et au final, mon oncle, au final...
Nous avons perdu pour l'instant Gaël qui a pourtant plaidé notre cause auprès du Seigneur d'Elkrin.
Nous restons Celestiel, Selaque et moi dans le doute en ce qui concerne notre passé. Mais, mais, mais... Nous avons aussi appris ce qui fait l'âme d'un groupe, le corps et l'essence de l'aventure. C'est de cette essence dont je me suis nourri pour ressentir l'exaltation dont je t'ai parlé tout à l'heure. Au retour au village de Dehontel, nous avons eu l'occasion de tirer des cartes merveilleuses à nouveau. Enfin nous... moi... et j'ai demandé aux cartes que cela soit pour mes compagnons. Pour Célestiel et Rayan qui recherchent leurs soeurs et pour Garresh qui veut un hâvre de paix pour les ogres comme lui.
Les statistiques que je tire trois bonnes cartes étaient à peine de une contre 9, mon oncle. Ai-je été aidé par Tyr ou ai-je bénéficié des acquis de ma récente sagesse supérieure ? Je ne sais. Je sais juste que lorsque les cartes furent révélées, que c'était moi qui avais pris les risques et eux qui avaient reçu la récompense, j'avais moi aussi ma récompense : la sensation de savoir ce que j'étais, la sensation de savoir vers où j'allais et quel chemin j'allais emprunter.
J'aurais pu tirer une carte pour demander à avoir une réponse sur ces cent années d'oubli. Mais je gage que les choses viendront en temps et en heure et qu'en apprendre trop maintenant risquerait de nous faire perdre un peu la tête à Celestiel, Selaque et moi.
Hum.. Que te dire de plus, mon oncle ?
Rayan, semble lui aussi s'être éclairci après avoir fait un songe à propos de sa soeur.
Celestiel qui semble ne pas être doué du don de bien parler (il a eu quelques difficultés en voulant se présenter à la guilde des voleurs) montrera peut-être plus de talents pour cela maintenant qu'il sait que la quête qui le mène vers sa soeur croise peut-être la quête que nous devons suivre.
Garresh a beau avoir payé une certaine fortune pour obtenir des renseignements pour délivrer Selaque, il est maintenant maître d'un domaine qui vaut certainement beaucoup plus et peut-être que la magie des cartes lui permettra de faire venir des ogres dans ses terres.
Selaque a retrouvé son loup et la forêt. Et je crois que Celestiel a le béguin pour elle. Elfe et nymphe de toutes les manières, ça va bien ensemble.
Gaël que je n'ai plus envie de surnommer Dédé manque pour l'instant (pour toujours ?) à l'appel. Une ombre drappée de mystère. Peut-être n'était-il là que comme le souffle du vent, transportant la graine qui devait germer un peu plus loin, libérer Selaque.
Et quant à moi, eh bien, je sais que la voie du paladin que je suis maintenant n'est pas rigide au point de m'interdire le fait de pratiquer certaines des techniques que j'avais apprises avant auprès de toi.
Ah mon oncle... Je sais bien que tous ces mots que je t'écris et que je brûle le soir dans l'âtre ne te parviennent pas forcément. Mais je vais te dire... Je crois au pouvoir des objets pensées, je crois à la volonté et au destin. Je crois que parfois les Dieux peuvent être avec nous...
Un jour, je trouverai un message de toi. Un jour, je saurai qui était ma mère, et quel fut le destin des parents de mon père.
Un jour, aussi, je serai à nouveau gladiateur... Non pas que j'y prenne un plaisir infini mon oncle. Mais il y avait quelque chose de pur et de vrai dans ce combat choisi par chaque participant.Quelque chose qui me permettait de ne pas donner la mort et d'en apprendre plus sur mes limites. Il y a des choses que je dois encore apprendre sur la manière de donner les coups ou d'arrêter mes adversaires. Des choses que je ne dois pas apprendre de l'Ours. Je n'ai pas l'occasion de prendre l'Ours beaucoup de temps dans une journée, mon oncle. Et je dois trouver le moyen d'être meilleur lorsque je ne pourrai pas faire appel à la bête. Une exaltation dans la quête du moyen d'être encore plus juste dans la manière de faire.
Ce qui n'interdit pas, je te rassure, de continuer à pratiquer les arts que tu m'as enseigné : comment y aller de bon coeur avec l'humour.. Oui, rassure-toi mon oncle... Ce que tu lis est peut-être ma nature profonde. Mais je t'assure que j'ai conscience que les deux autres plus grandes armes dont je peux disposer sont l'humour et le verbe. Des talents que j'ai absolument l'intention de continuer à cultiver. C'est ça aussi qui permet de cimenter un groupe...
Et il en est d'autres, si simples, si faciles depuis que je suis devenu la lumière.
La lumière, entends-tu. Tout est devenu si simple depuis que j'ai reçu des visions au temple..
J'avais l'intention de suivre quatre voies, d'équilibrer chacune de mes sources. Mais si je sais à peu près que la mère de mon père était une elfe, je n'ai toujours pas suivi la voie de la magie.
Si je me doute que mon père était un paladin, je n'ai rien pris du chemin de son père, un guerrier / ranger de l'Ours...
Et en ce qui concerne ma mère, hein, ma mère. Quelles voies suivait-elle ? Est-ce d'elle que je tiens cet appel de la forêt et la rigoureuse disicipline du moine ?
Tout est devenu si simple et tout est à la fois si compliqué. Pourquoi ces choix ? L'homme qui me regarde, là-bas, dans la cité entre les plans, lui, le sait.
Tyr, le Dieu que j'ai rejoint, lui, le sait.
Moi, je sais aussi que ma course est juste vers la voie de l'exaltation. Et j'ai ressenti, mon oncle, un frisson comme jamais à voir enfin triompher la justice lorsque nous avons pu faire libérer Selaque. Oui, elle est libre... Ca n'a pas été sans mal. Nous avons dû accepter de combattre dans une arène pour le chef de la guilde des voleurs du crû. Un individu qui m'avait déjà aperçu dans le passé que j'ai oublié.
Un combat rude, dans le sens où dominé par le chef de la guilde j'étais pris du besoin impérieux de frapper un de mes compagnons pour le mettre au sol. Heureusement que ce besoin ne m'a pris qu'après qu'un de nos trois adversaires (un ours sanguinaire, un ogre et une succube) n'ait été mis à terre. Heureusement qu'il me restait assez de libre arbitre pour choisir mon adversaire. J'ai choisi celui que j'aurais le plus de mal à faire tomber et de fait, emporté alors par la nécessité de faire tomber un de ceux de mon camp, je me suis pris à attaquer ceux qui s'approchaient de moi. Heureusement qu'une zone de protection contre le mal lancé par Garresh a mis fin au sortilège extrêmement puissant invoqué par ce chef de guilde.
Le mal, il respirait le mal. Mais pas moyen de faire autrement que de passer un marché avec lui. Ce qui nous a permis aussi d'apprendre que le prêtre de Kossuth avait peut-être ourdi le plan qui avait permis d'enfermer Selaque.
Et au final, mon oncle, au final...
Nous avons perdu pour l'instant Gaël qui a pourtant plaidé notre cause auprès du Seigneur d'Elkrin.
Nous restons Celestiel, Selaque et moi dans le doute en ce qui concerne notre passé. Mais, mais, mais... Nous avons aussi appris ce qui fait l'âme d'un groupe, le corps et l'essence de l'aventure. C'est de cette essence dont je me suis nourri pour ressentir l'exaltation dont je t'ai parlé tout à l'heure. Au retour au village de Dehontel, nous avons eu l'occasion de tirer des cartes merveilleuses à nouveau. Enfin nous... moi... et j'ai demandé aux cartes que cela soit pour mes compagnons. Pour Célestiel et Rayan qui recherchent leurs soeurs et pour Garresh qui veut un hâvre de paix pour les ogres comme lui.
Les statistiques que je tire trois bonnes cartes étaient à peine de une contre 9, mon oncle. Ai-je été aidé par Tyr ou ai-je bénéficié des acquis de ma récente sagesse supérieure ? Je ne sais. Je sais juste que lorsque les cartes furent révélées, que c'était moi qui avais pris les risques et eux qui avaient reçu la récompense, j'avais moi aussi ma récompense : la sensation de savoir ce que j'étais, la sensation de savoir vers où j'allais et quel chemin j'allais emprunter.
J'aurais pu tirer une carte pour demander à avoir une réponse sur ces cent années d'oubli. Mais je gage que les choses viendront en temps et en heure et qu'en apprendre trop maintenant risquerait de nous faire perdre un peu la tête à Celestiel, Selaque et moi.
Hum.. Que te dire de plus, mon oncle ?
Rayan, semble lui aussi s'être éclairci après avoir fait un songe à propos de sa soeur.
Celestiel qui semble ne pas être doué du don de bien parler (il a eu quelques difficultés en voulant se présenter à la guilde des voleurs) montrera peut-être plus de talents pour cela maintenant qu'il sait que la quête qui le mène vers sa soeur croise peut-être la quête que nous devons suivre.
Garresh a beau avoir payé une certaine fortune pour obtenir des renseignements pour délivrer Selaque, il est maintenant maître d'un domaine qui vaut certainement beaucoup plus et peut-être que la magie des cartes lui permettra de faire venir des ogres dans ses terres.
Selaque a retrouvé son loup et la forêt. Et je crois que Celestiel a le béguin pour elle. Elfe et nymphe de toutes les manières, ça va bien ensemble.
Gaël que je n'ai plus envie de surnommer Dédé manque pour l'instant (pour toujours ?) à l'appel. Une ombre drappée de mystère. Peut-être n'était-il là que comme le souffle du vent, transportant la graine qui devait germer un peu plus loin, libérer Selaque.
Et quant à moi, eh bien, je sais que la voie du paladin que je suis maintenant n'est pas rigide au point de m'interdire le fait de pratiquer certaines des techniques que j'avais apprises avant auprès de toi.
Ah mon oncle... Je sais bien que tous ces mots que je t'écris et que je brûle le soir dans l'âtre ne te parviennent pas forcément. Mais je vais te dire... Je crois au pouvoir des objets pensées, je crois à la volonté et au destin. Je crois que parfois les Dieux peuvent être avec nous...
Un jour, je trouverai un message de toi. Un jour, je saurai qui était ma mère, et quel fut le destin des parents de mon père.
Un jour, aussi, je serai à nouveau gladiateur... Non pas que j'y prenne un plaisir infini mon oncle. Mais il y avait quelque chose de pur et de vrai dans ce combat choisi par chaque participant.Quelque chose qui me permettait de ne pas donner la mort et d'en apprendre plus sur mes limites. Il y a des choses que je dois encore apprendre sur la manière de donner les coups ou d'arrêter mes adversaires. Des choses que je ne dois pas apprendre de l'Ours. Je n'ai pas l'occasion de prendre l'Ours beaucoup de temps dans une journée, mon oncle. Et je dois trouver le moyen d'être meilleur lorsque je ne pourrai pas faire appel à la bête. Une exaltation dans la quête du moyen d'être encore plus juste dans la manière de faire.
Ce qui n'interdit pas, je te rassure, de continuer à pratiquer les arts que tu m'as enseigné : comment y aller de bon coeur avec l'humour.. Oui, rassure-toi mon oncle... Ce que tu lis est peut-être ma nature profonde. Mais je t'assure que j'ai conscience que les deux autres plus grandes armes dont je peux disposer sont l'humour et le verbe. Des talents que j'ai absolument l'intention de continuer à cultiver. C'est ça aussi qui permet de cimenter un groupe...
vendredi 1 janvier 2010
La falaise noire...
Je ne sais pas, je ne sais plus...
Tu vois, j'ai commencé ce journal en pensant à toi, mon maître, mon mentor, celui qui a guidé les plus difficiles de mes pas...
Et qu'apprends-je, qu'est-ce que je découvre ?
Mon passé est une tombe vieille de cent ans. Une marque apposée par un elfe à la peau noire risque à n'importe quel moment, je crois maintenant, de me faire passer pour quelqu'un qui risque à tout moment de basculer.
Vois-tu, je repense à ces jours passés. Je nous vois sortir de ce réseau souterrain, je nous vois affronter une elfe, un démon et un Yuan-ti... Le Yuan-ti s'enfuit, l'elfe et le démon meurent, laborieusement. Azek Taureau-Tonnerre, un vieux compagnon du passé, meurt aussi, une vengeance accomplie pour lui. Se laisse mourir.
Je nous revois revenir vers l'enclave établie pour essayer de protéger la forêt.
Et ce jeu, ce jeu de cartes merveilleuses.
Le magicien nous a dit que cela pouvait être ombre ou lumière. En tirant ces cartes, j'ai acquis un ouvrage qui a éclairci mon esprit, j'ai aussi retrouvé des filaments de ce que j'avais perdu, j'ai senti des forces revenir en moi, des forces que j'avais certaines acquises au cours de ces cent années que j'ai oublié.
Je ne sais pas trop ce qu'il est arrivé à mes compagnons. Je dois avouer que je me suis concentré sur mon brouillard et ce qui arrivait à Selaque.
Tous n'ont pas eu forcément de la chance en tirant les cartes. Certains semblent même s'être voilés. Je me demande si cela n'a pas été le cas pour Selaque... Après que nous ayons enquêté à un endroit où les elfes semblaient faire des affaires avec des gens de la cité de ce jeune et arrogant baron d'Elkrin, nous avons été victimes d'une sorte machination. Je revois l'enfant accuser Selaque, et le mal qui est maintenant détectée sur cette dernière.
Elle est enfermée, presque déjà jugée, même une bougie de vérité n'y peut rien. Nous sommes aux abois. Rien n'y fait vraiment.
Mais je te quitte quelques instants. Je dois aller prier. Prier oui, car les filaments qui me sont revenus du passé, peut-être dans le désordre d'ailleurs, car j'aurais souhaité retrouvé un peu de la science du mystère, m'ont ouvert à nouveau les portes du paladinat. Oui, paladin, entends-tu. Comme je l'avais été, comme mon père et comme toi aussi peut-être...
Prier et peut-être avoir une vision. Peut-être...
J'ai prié pour voir des choses à propos de mes compagnons, mais non... je reste avec pour seul outil ma raison et ce que j'ai acquis en lisant ce livre qui a éclairé ma manière de percevoir les choses....
Dédé, parce que c'est ainsi que je préfère le surnommer préservant même son identité dans cette lettre, non, je ne vois rien sur lui. Il cache son visage, il fait partie de la guilde des voleurs, il sait manier le verbe de manière acerbe, il n'a pas les mêmes orientations philosophique que moi, mais il y a une chose de certaine. Il n'a pas cent années oubliées. Il ne s'est pas démené lorsque Selaque s'est fait enfermée. Tout simplement peut-être avait-il des affaires à faire en ville, des contacts à trouver pour nous aider ou ses propres ombres, moins mortelles que les miennes, à s'occuper.
Garresh est un noble compagnon. Lui aussi est révolté par ce qui s'est passé au sujet de Selaque, nous avons demandé audience ensemble au seigneur d'Elkrin pour essayer de sauver notre compagne. Nous n'avons que quelques jours pour ce faire et comme seule piste la guilde des voleurs vers laquelle nous a menés Rayan... Garresh est une créature qui pourrait être surgie des ténèbres et qui sert le bien. Il est une voie que je dois suivre aussi, un espoir dans la nuit qui fut la nôtre à Selaque, Célestiel et moi... Il est une voix que j'aime entendre aussi. Il a l'âme d'un guerrier et d'un prêtre et finira sans doute sage, du moins je le crois.
Célestiel a des ombres, comme moi. Et autant d'années qui lui manquent. Il est aussi plus propice à s'emporter, il a sans doute la flamme de l'esprit des bois en lui. Une flamme vive qui pourrait le pousser à s'emporter et à périr sous le fil de l'épée adverse. Mais en ce qui concerne le combat, c'est un compagnon sûr et surtout, eh bien, il est possible qu'il lui arrive la même chose qu'à moi ou Selaque.
Rayan est mort une nouvelle fois, en fouillant la salle dans laquelle nous avions occis le démon et l'elfe. Il n'a pas eu de chance, ça aurait pu être moi. Heureusement que nous avions de quoi payer sa résurrection au village où Dehontel a envoyé une garnison. Rayan est revenu, avec aussi de lourds problèmes. Il semble qu'il soit accusé de certaines choses à Dehontel. Cela est venu après qu'il ait tiré des cartes merveilleuses. Etranges cartes.
Plus j'y réfléchis, plus je me demande s'il ne serait pas possible que les cartes, et non une machination, soit l'objet de ce qui change Selaque. Ca serait sans doute plus cruel mais plus simple.
Rayan est un compagnon sur lequel on peut compter en dépit de ce que « l'état d'être barde » pourrait laisser supposer. Il est l'autre chemin que je dois suivre. La magie des arcanes. Je sens en moi une déchirure. C'est magicien que j'aurais voulu être avant de rentrer dans le paladinat. Magicien, pour aider les autres et appréhender mieux certains mystères que je n'aime pas voir inconnus.
Un prêtre de Tyr m'a dit que le chemin du paladinat était exigeant, qu'on ne pouvait pas s'en détourner. Mais moi, je ne me détourne pas. Je ne fais que retrouver dans le désordre des choses qui m'appartenaient. Du moins en ai-je l'impression.
Selaque enfin. Selaque, meurtrie par le jeu des cartes, qui retrouve un compagnon animal encore plus gros après la mort de son loup et qui a l'aura de quelqu'un qui sert les ténèbres lorsqu'on la regarde avec l'oeil capable de percer les effluves du mal. Selaque qui s'est donnée à Rayan, Célestiel et moi. Moi en premier. Et qui n'est pas faite pour cela, qui est faite pour chanter les arbres, se fondre dans la forêt, devenir l'esprit de la nature. Je ne regrette pas de lui avoir montré ce que c'est que d'aimer physiquement, mais ce n'est pas une créature qui appartient à ce domaine ou du moins, je ne pense pas que je sois digne encore d'appartenir à son royaume...
Selaque est en prison. Elle a été torturée, interrogée et elle est déjà presque jugée. Elle est accusée de servir le mal. Le mal qui s'est peut-être réveillé du fait de cette étrange marque que nous avons Célestiel, elle et moi. Mais je ne crois pas, je ne pense pas.
Je ne sais pas...
Plus que quelques jours pour la sortir de là. Et une seule piste qui reste possible : la guilde des voleurs. Qui a embauché le gamin qui a accusé Selaque de lui avoir fait mal, qui a lancé les sorts sur Selaque qui la font passer pour une créature mauvaise ?
Qu'en est-il du respect que je dois avoir pour la loi ?
Je n'aurai pas de respect pour la loi si elle est inique. Je ne sers que la véritable justice. Pas celle des tyrans et des manipulateurs. Si certains jugent que cela peut me faire perdre le paladinat que j'ai récemment acquis alors il en sera ainsi... Mon coeur, lui, reste pur. Et au regard de mes compagnons et de ce que tu aurais pu attendre de moi, c'est le plus important.
Je regarde la justice, les ombres du pouvoir et pour l'instant, je ne peux pas bouger, mon oncle. Peut-être le seigneur d'Elkrin est-il manipulé par un pouvoir derrière le trône que nous n'avons pas encore perçu. Peut-être Garresh, Rayan et Dédé pourront trouver des moyens de nous sortir de là. Moi, de mon côté, je serai la voix. La voix de la justice et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour sortir cette pauvre Selaque de sa geôle sans que personne ne soit meurtri...
Et ensuite... Ensuite ?
Où es-tu mon oncle ? Qu'es-tu devenu ?
Je ferme les yeux. J'essaie de retrouver des images de ce passé, de ce gouffre de plus de cent printemps. Un mur, une falaise se dresse devant moi.
Et je ressens au loin, celui que je serai, dans une autre cité, au coeur des plans, dans une auberge à l'enseigne flou, refermer un moment le livre de sa vie... Peut-être est-il pour lui temps de se reposer.
Tu vois, j'ai commencé ce journal en pensant à toi, mon maître, mon mentor, celui qui a guidé les plus difficiles de mes pas...
Et qu'apprends-je, qu'est-ce que je découvre ?
Mon passé est une tombe vieille de cent ans. Une marque apposée par un elfe à la peau noire risque à n'importe quel moment, je crois maintenant, de me faire passer pour quelqu'un qui risque à tout moment de basculer.
Vois-tu, je repense à ces jours passés. Je nous vois sortir de ce réseau souterrain, je nous vois affronter une elfe, un démon et un Yuan-ti... Le Yuan-ti s'enfuit, l'elfe et le démon meurent, laborieusement. Azek Taureau-Tonnerre, un vieux compagnon du passé, meurt aussi, une vengeance accomplie pour lui. Se laisse mourir.
Je nous revois revenir vers l'enclave établie pour essayer de protéger la forêt.
Et ce jeu, ce jeu de cartes merveilleuses.
Le magicien nous a dit que cela pouvait être ombre ou lumière. En tirant ces cartes, j'ai acquis un ouvrage qui a éclairci mon esprit, j'ai aussi retrouvé des filaments de ce que j'avais perdu, j'ai senti des forces revenir en moi, des forces que j'avais certaines acquises au cours de ces cent années que j'ai oublié.
Je ne sais pas trop ce qu'il est arrivé à mes compagnons. Je dois avouer que je me suis concentré sur mon brouillard et ce qui arrivait à Selaque.
Tous n'ont pas eu forcément de la chance en tirant les cartes. Certains semblent même s'être voilés. Je me demande si cela n'a pas été le cas pour Selaque... Après que nous ayons enquêté à un endroit où les elfes semblaient faire des affaires avec des gens de la cité de ce jeune et arrogant baron d'Elkrin, nous avons été victimes d'une sorte machination. Je revois l'enfant accuser Selaque, et le mal qui est maintenant détectée sur cette dernière.
Elle est enfermée, presque déjà jugée, même une bougie de vérité n'y peut rien. Nous sommes aux abois. Rien n'y fait vraiment.
Mais je te quitte quelques instants. Je dois aller prier. Prier oui, car les filaments qui me sont revenus du passé, peut-être dans le désordre d'ailleurs, car j'aurais souhaité retrouvé un peu de la science du mystère, m'ont ouvert à nouveau les portes du paladinat. Oui, paladin, entends-tu. Comme je l'avais été, comme mon père et comme toi aussi peut-être...
Prier et peut-être avoir une vision. Peut-être...
J'ai prié pour voir des choses à propos de mes compagnons, mais non... je reste avec pour seul outil ma raison et ce que j'ai acquis en lisant ce livre qui a éclairé ma manière de percevoir les choses....
Dédé, parce que c'est ainsi que je préfère le surnommer préservant même son identité dans cette lettre, non, je ne vois rien sur lui. Il cache son visage, il fait partie de la guilde des voleurs, il sait manier le verbe de manière acerbe, il n'a pas les mêmes orientations philosophique que moi, mais il y a une chose de certaine. Il n'a pas cent années oubliées. Il ne s'est pas démené lorsque Selaque s'est fait enfermée. Tout simplement peut-être avait-il des affaires à faire en ville, des contacts à trouver pour nous aider ou ses propres ombres, moins mortelles que les miennes, à s'occuper.
Garresh est un noble compagnon. Lui aussi est révolté par ce qui s'est passé au sujet de Selaque, nous avons demandé audience ensemble au seigneur d'Elkrin pour essayer de sauver notre compagne. Nous n'avons que quelques jours pour ce faire et comme seule piste la guilde des voleurs vers laquelle nous a menés Rayan... Garresh est une créature qui pourrait être surgie des ténèbres et qui sert le bien. Il est une voie que je dois suivre aussi, un espoir dans la nuit qui fut la nôtre à Selaque, Célestiel et moi... Il est une voix que j'aime entendre aussi. Il a l'âme d'un guerrier et d'un prêtre et finira sans doute sage, du moins je le crois.
Célestiel a des ombres, comme moi. Et autant d'années qui lui manquent. Il est aussi plus propice à s'emporter, il a sans doute la flamme de l'esprit des bois en lui. Une flamme vive qui pourrait le pousser à s'emporter et à périr sous le fil de l'épée adverse. Mais en ce qui concerne le combat, c'est un compagnon sûr et surtout, eh bien, il est possible qu'il lui arrive la même chose qu'à moi ou Selaque.
Rayan est mort une nouvelle fois, en fouillant la salle dans laquelle nous avions occis le démon et l'elfe. Il n'a pas eu de chance, ça aurait pu être moi. Heureusement que nous avions de quoi payer sa résurrection au village où Dehontel a envoyé une garnison. Rayan est revenu, avec aussi de lourds problèmes. Il semble qu'il soit accusé de certaines choses à Dehontel. Cela est venu après qu'il ait tiré des cartes merveilleuses. Etranges cartes.
Plus j'y réfléchis, plus je me demande s'il ne serait pas possible que les cartes, et non une machination, soit l'objet de ce qui change Selaque. Ca serait sans doute plus cruel mais plus simple.
Rayan est un compagnon sur lequel on peut compter en dépit de ce que « l'état d'être barde » pourrait laisser supposer. Il est l'autre chemin que je dois suivre. La magie des arcanes. Je sens en moi une déchirure. C'est magicien que j'aurais voulu être avant de rentrer dans le paladinat. Magicien, pour aider les autres et appréhender mieux certains mystères que je n'aime pas voir inconnus.
Un prêtre de Tyr m'a dit que le chemin du paladinat était exigeant, qu'on ne pouvait pas s'en détourner. Mais moi, je ne me détourne pas. Je ne fais que retrouver dans le désordre des choses qui m'appartenaient. Du moins en ai-je l'impression.
Selaque enfin. Selaque, meurtrie par le jeu des cartes, qui retrouve un compagnon animal encore plus gros après la mort de son loup et qui a l'aura de quelqu'un qui sert les ténèbres lorsqu'on la regarde avec l'oeil capable de percer les effluves du mal. Selaque qui s'est donnée à Rayan, Célestiel et moi. Moi en premier. Et qui n'est pas faite pour cela, qui est faite pour chanter les arbres, se fondre dans la forêt, devenir l'esprit de la nature. Je ne regrette pas de lui avoir montré ce que c'est que d'aimer physiquement, mais ce n'est pas une créature qui appartient à ce domaine ou du moins, je ne pense pas que je sois digne encore d'appartenir à son royaume...
Selaque est en prison. Elle a été torturée, interrogée et elle est déjà presque jugée. Elle est accusée de servir le mal. Le mal qui s'est peut-être réveillé du fait de cette étrange marque que nous avons Célestiel, elle et moi. Mais je ne crois pas, je ne pense pas.
Je ne sais pas...
Plus que quelques jours pour la sortir de là. Et une seule piste qui reste possible : la guilde des voleurs. Qui a embauché le gamin qui a accusé Selaque de lui avoir fait mal, qui a lancé les sorts sur Selaque qui la font passer pour une créature mauvaise ?
Qu'en est-il du respect que je dois avoir pour la loi ?
Je n'aurai pas de respect pour la loi si elle est inique. Je ne sers que la véritable justice. Pas celle des tyrans et des manipulateurs. Si certains jugent que cela peut me faire perdre le paladinat que j'ai récemment acquis alors il en sera ainsi... Mon coeur, lui, reste pur. Et au regard de mes compagnons et de ce que tu aurais pu attendre de moi, c'est le plus important.
Je regarde la justice, les ombres du pouvoir et pour l'instant, je ne peux pas bouger, mon oncle. Peut-être le seigneur d'Elkrin est-il manipulé par un pouvoir derrière le trône que nous n'avons pas encore perçu. Peut-être Garresh, Rayan et Dédé pourront trouver des moyens de nous sortir de là. Moi, de mon côté, je serai la voix. La voix de la justice et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour sortir cette pauvre Selaque de sa geôle sans que personne ne soit meurtri...
Et ensuite... Ensuite ?
Où es-tu mon oncle ? Qu'es-tu devenu ?
Je ferme les yeux. J'essaie de retrouver des images de ce passé, de ce gouffre de plus de cent printemps. Un mur, une falaise se dresse devant moi.
Et je ressens au loin, celui que je serai, dans une autre cité, au coeur des plans, dans une auberge à l'enseigne flou, refermer un moment le livre de sa vie... Peut-être est-il pour lui temps de se reposer.
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