mercredi 28 mars 2012

Tourne 7 fois la langue dans ta bouche.


Je me réveille, je râle, je cherche les autres... Ils ne sont pas là.
Angoisse ? Non. J'ai passé le seuil de ce genre de choses. Je suis capable pourtant de les ressentir. Je suis sur les rivages de la colère. Les gens croient souvent que les paladins, parce qu'ils ne ressentent pas la peur, ne peuvent pas être angoissés. Non. Nous sommes capables de ressentir des souffrances qui ne préoccupent pas des individus ordinaires. Je suis capable de voir les plaies, de les prendre pour moi.
Je regarde mes plaies.
Je ne m'étale pas. Je n'ai pas envie de rester sur ces derniers mois.
Je demande aux gardes s'ils ont vu mes compagnons sortir... Si. C'est bien possible. Je sens une ouverture et demande à parler à la reine, notre « nouvelle amie ».
A l'intérieur d'elle, il y a quelque chose que je ne comprends pas. Peut-être que Sigmund a des réponses. Il en avait déjà avant que nous ne rencontrions la reine. Inspiration. Expiration. Parler à Sigmund. Voilà sans doute une des clés. Il ne cause que de fric, de femme et de pouvoir. Mais il y a sans doute quelque chose en plus.
Bref.
J'arrive devant la reine. Je frémis un peu. La seule experience que j'ai en matière de sexe, c'est avoir été violé par une elfe noire. Elle excite quelque chose en moi. Ce n'est pas de la même nature que Iomedae ou Sarenrae. C'est une sorte de calcul. Du genre essayer de la séduire pour préserver la part humaine qu'il y a en elle. Ce jeu auquel se livrent les elfes. Je lui explique le mal qui m'a causé dans le rêve, le fait qu'on doive se diriger vers le roncier.
J'ai du mal à cerner ce qui la préoccupe le plus. Je pense que sa cause est personnelle, qu'elle n'a rien à voir avec Namtar, Asmodée ou Rovagug, ni même l'horreur appelée Fléau des Arbres qui est enfermée dans le roncier.
Mais la priorité est de retrouver mes compagnons, d'empêcher qu'ils fassent une bêtise de plus parce qu'ils ne sont pas informés. Je demande à la reine de me confier un de ses rangers. Elle m'oriente vers ses conseillers. Je parle au conseiller Avernes... un homme intéressant et préoccupé par ce qui arrive à la reine... A demi-mots, je cerne le trouble dans le visage de l'homme et je choisis de tout lui confier. Lui et ses pairs ont peut-être les moyens de contrebalancer ce qui arrive à la reine. Encens, flammes, Avernes prends mes mains et m'aide à avoir des visions sur un village ancien, une ville ancienne, abandonnée, nommée Shevaroth. J'y vois Fléau des arbres détruire des disciples de Rovagug. Je vois aussi le futur... mes compagnons qui arrivent aux portes de la ville morte. Avernes me confie un elfe, ranger, nommé Cyrrus, pour retrouver mes compagnons et se rendre à Shevaroth... qui aurait été la première ville des elfes...
J'apprécie pas mal Avernes. Un homme intelligent, qui a des doutes. C'est juste dommage que le monde soit si plein de gens crétins super confiants en eux et que tous les gens intelligents aient des doutes.
Une rapide enquête.
Mes trois compagnons sont partis au matin, avec un carosse... J'imagine qu'Arthur pleure Helena.
Je sais que Jorus a de nouveau un compagnon. Et Sigmund rêve de fric, de femme et de gloire...
Mes compagnons ont été aperçu avec une femme en noire, couleur rare en Kyonin.
Ils ont emportés avec eux les objets pris sur les elfes noirs...
Avec Cyrrus qui s'avère être un bon compagnon, nous suivons la piste des trois autres... Une heure avant la ville de Shevaroth, le carosse part dans une autre direction. Les trois chevaux de mes compagnons, eux, font route vers la cité maudite.
Cyrrus et moi rejoignons mes compagnons un peu tétanisés à l'entrée de Shevaroth, des formes fantômatiques flottent au-dessus des décombres... Il y a de tout dans la cité. De tout. Squelettes, goules, spectres, âmes en peine, démons des ombres... et j'en passe que je ne connais certainement pas.
Sigmund nous confie que la couronne est le seul moyen pour retrouver le magisterium... Sa mère semble être au courant de ce fait... Je ne pose pas trop de questions sur leur voyage avec la mère de Sigmund. Une femme qui a impressionné par son charisme Jorus et Arthur apparemment.
Il y a une entité qui contrôle la reine... affirme Sigmund qui explique aussi que c'est dans le cœur de Shevaroth qu'il est sûr de rencontrer son destin... qu'il pourra être riche, entouré de femmes et possédant la gloire...
Bien sûr.
Fantômes, brumes, cris lancinants, ténèbres.
J'inspire.
Pas la peine d'attendre. Je ne veux pas rentrer dans la cité. Mes compagnons ont une peur légitime. Mais je sais que ce n'est pas possible de faire autrement. J'y vais. Je sais que mon aura peut rassurer. Ils me suivent.
Mouvements, cris, plaintes, chuchottement dans les ténèbres, fouissements, bruissements, atmosphère lourde...
Une âme en peine surgit. Je dégaine mes deux épées. J'ai finalement choisi d'accepter le cadeau de la reine. Un combat s'engage. Rapide. Frappant deux fois plus que d'habitude avec mes armes magiques, je multiplie mes chances de faire du mal à la créature...
Dissipation de la bête... Le chant d'Arthur a bien aidé. Les projectiles de Sigmund aussi. Mais ils doivent économiser leurs talents magiques.
Nous nous enfonçons dans le cœur de Shevaroth. Dans les ruines et les décombres, presque au milieu d'un tapis de cendres d'os.
Jorus repère le symbole de Rovagug sur une église...
Un peu plus loin, dans les bâtisses, une adolescente, blonde platine, glisse dans les ombres. Arielle. Ma sœur. Qui n'a pas vieilli, qui n'a pas subi le poids de ces douze dernières années...
J'ai envie d'aller la rechercher. J'ai envie de la sauver.
Mais voilà ce qui se passe quand on est paladin. On essaie de faire le plus souvent passer l'intérêt du groupe ou d'une cause au-dessus des siens. Le plus souvent. Ma sœur qui n'a pas vieilli, ce n'est pas bon présage...
Je choisis de pénétrer dans l'église. Sigmund est de plus en plus persuadé qu'il doit rencontrer son destin dans cet endroit.
A l'intérieur une vingtaine de goules nous charge. Nous nous plaçons tactiquement,sur les sages conseils de Jorus, sur le parvis, sous le porche, pour contenir l'assaut. Je me retourne. Dehors apparaît un démon des ombres... Plus loin, un champion sequelette et un spectre.
Je déclare un châtiment du mal contre la créaturte des ombres qui parvient à dominer quelques secondes Arthur, assez pour qu'il décoche deux flèches dans le dos de Jorus, occupé à lutter contre les goules avec son loup et le sanglier qu'il a invoqué.
Cyrrus fait feu un maximum de sa double détente aux flèches... Sigmund me protège avec une armure de mage et fait confiance à ses projectiles magiques.
Si mes trois compagnons qui luttent à l'intérieur peuvent avoir rapidement le dessus, on a nos chances. En finissant de tuer le démon des ombres et en voyant arriver un spectre et un champion squelette ainsi qu'une légion de morts-vivants, je sais que notre seule solution pour survivre est que je puisse contenir assez longtemps les monstres de dehors pour que mes compagnons massacrent toutes les goules et que nous nous réfugions dans un couloir où l'assaut pourrait être plus contenu.
J'entame sévèrement le spectre lorsque je vois arriver la reine des elfes, en vol. Elle déchaîne l'enfer sur les morts-vivants, nuées de météores, boules de lumières et j'en passe. Un carnage.
En à peine quelques secondes...
Un peu abassourdis, nous la voyons redescendre sur le tapis cendreux. Au loin, une petite fille blonde, s'esquive dans les ombres. J'ai beau l'appeler plusieurs fois, je n'ai le droit qu'à un petit rire étrangement cristallin.
La reine semble changée, quelque chose sur sa peau, dans ses yeux devenus reptiliens. Sa voix est gutturale et rauque...
« Si vous ne voulez pas que la reine des elfes suffoque dans une bataille, vous allez faire quelque chose pour moi, en échange je m'engagerai à libérer la reine des elfes et vous aider.
J'ai besoin de quelque chose que je ne peux pas trouver par moi-même... »
Non. Non, fais-je, sans tourner ma langue sept fois dans ma bouche. Non. Qu'elle aille se faire foutre. Hors de question.
Je pars chercher ma sœur. Arielle. Arielle. Elle ne répond pas.
La conversation continue avec mes compagnons. Je perçois vaguement un « Sigmund, fils de Drakisax »...
J'ai le temps de souffler. De commencer à réfléchir... De laisser s'éteindre les flammes de la colère. Oui, il arrive parfois à un paladin d'être ravagé...
« Quel est votre rapport avec Rovagug... » demande Sigmund...
Cette dernière reste assez énigmatique mais il est clair qu'elle n'aime pas l'entité.
La reine montre un objet qu'elle veut récupérer... Elle a besoin de nous pour cela.
Elle montre une guerre ancienne. Un des rejetons de Rovagug, des dieux qui luttent pour l'enfermer. C'est la Tarrasque...
Dix hommes en toge... Le magistérium. Tous écrivent des choses à différent des endroits. On les voit fuir un peu partout, poursuivi par Asmodée... On ne connait pas leur devenir.
Autre vision, un vol représentant des dragons d'or, combattant contre des démons, des rejetons de Rovagug. Il y a une guerre épique.
On voit notre souhait le plus cher... pour moi, il doit s'agir de ma sœur mais aussi de libérer la reine des elfes, si je plonge bien dans mon cœur et dans ma raison. On a une vision de l'avenir. Elle intervient dans le déroulement de l'avenir, elle est à même de vaincre Namtar...
Mes compagnons semblent prêts à l'aider. J'ai affirmé pendant plusieurs minutes que pour mon cas, ce n'est pas possible. Plus possible. Que je ne peux plus rien faire sans certitudes...
Et là... En regardant les yeux de la reine, sa peau qui commence à se parcheminer, les landes désolées et cendreuses qui s'étendent au loin, les ruines de la cité perdue, je sens ma langue qui se tourne pour la septième fois dans ma bouche...
Bien sûr.
Révélation.
Une des manières qu'on nous a appris de lutter contre le mal est de faire le bien, par l'exemple. De montrer à quel point, le choix de ne pas nuire peut conduire à une manière de vivre plus tranquille, exempte de toutes les sources de conflit.
Je me rappelle de moi observant la reine trois jours plus tôt et cherchant à savoir si elle peut être séduite pour être ramenée à l'humanité.
Peut-être que c'est là, la clé. Dans l'humanité.
Je regarde mes compagnons et l'entité qui habite la reine et qui a tant besoin de cet objet.
Je vais dire oui. Je vais dire oui. A une condition. C'est moi qui porterai l'objet. Je suis le plus à même de résister aux tentations du mal après tout et je lui donnerai ce dont elle a besoin.
Dans tous les cas, elle déteste Rovagug.
Dans tous les cas, elle veut être libre d'une certaine façon de la prison de chair de la reine.
Dans tous les cas, Sigmund doit en savoir un peu plus que nous et il va me l'apprendre.
Dans tous les cas, je ne fais pas ce marché pour traiter avec le mal, mais pour libérer la reine des Elfes qui pourrait reprendre le flambeau de sa nation et aider le monde à lutter contre la menace des rejetons de Rovagug. Oui. Dans tous les cas, je fais ça parce que j'avais oublié une chose... Que ce que je désire finalement plus que tout, c'est de réparer cette erreur commise à l'encontre de cette femme, dirigeante d'une nation, et dans laquelle j'aurais voulu voir à nouveau la flamme de la vie et la séduction.
C'est cliché le chevalier qui cherche à sauver une princesse ou une reine.
Mais il n'y a qu'avec des images claires en tête que je veux avancer... Des images qui font la lumière dans les ténèbres qui règnent depuis des mois.
Oui. Je vais vous aider... m'entends-je dire... cinq fois, six fois...

Notes technique / gain :
Les objets récupérés sur les elfes noirs sont un ceinturon du chat (Ariel), du taureau (Jorus), des bottes ailées (Sigmund), une flute de hantise (Arthur)...
Chacun a gagné un cheval et gagné aussi une arme +2. Dague, arc, serpe ou épée longue.

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